
Oranges égyptiennes : une campagne décevante en Asie malgré des volumes élevés
15 April 2026
Tomates marocaines : pas de suspension globale, mais des ajustements ciblés à l’export
16 April 2026
En Espagne, une situation paradoxale prend de l’ampleur : des milliers de tonnes de fruits et légumes prêts à être récoltés sont laissés dans les champs… faute de rentabilité. Un phénomène qui met en lumière les limites économiques du modèle agricole actuel, malgré des volumes de production élevés.
Une production… qui ne trouve pas toujours preneur
Chaque année, une part importante des récoltes espagnoles n’est tout simplement pas cueillie. Entre 2018 et 2024, près de 483 000 tonnes de fruits et légumes ont été écartées des circuits commerciaux, alors même qu’elles étaient parfaitement consommables.
Les cultures les plus concernées incluent notamment :
- tomates
- oranges
- kakis
Dans de nombreux cas, les producteurs préfèrent abandonner la récolte lorsque le coût de cueillette dépasse le prix de vente attendu.
Des prix trop bas face à des coûts en hausse
Le cœur du problème est économique :
- hausse du coût de la main-d’œuvre
- augmentation des charges logistiques
- pression constante sur les prix à la production
Dans ce contexte, récolter devient parfois une perte nette. Résultat : certains producteurs choisissent de ne pas récolter pour limiter les pertes financières.
Ce phénomène est accentué par :
- une production élevée orientée export
- des périodes de surproduction
- une concurrence internationale accrue
Un gaspillage massif… de ressources
Au-delà de la perte économique, l’impact environnemental est considérable.
Les cultures non récoltées représentent :
- environ 36 millions de m³ d’eau utilisés inutilement chaque année
- près de 37 000 tonnes de CO₂ émises pour des produits non consommés
Dans un pays fortement touché par le stress hydrique, ce paradoxe est particulièrement critique : on mobilise des ressources rares pour produire des fruits… qui finissent abandonnés.
Des régions particulièrement touchées
Les zones les plus concernées sont :
- Murcie
- Andalousie
- Communauté valencienne
Certaines situations sont particulièrement marquantes, comme à Alicante où jusqu’à 30 % de la production de citron a été laissée sur les arbres lors de certaines campagnes.
Un symptôme d’un modèle sous tension
Ce phénomène dépasse le simple cas espagnol. Il révèle une tendance plus large dans les systèmes agricoles intensifs :
- produire en volume ne garantit plus la rentabilité
- les marchés deviennent de plus en plus volatils
- les coûts réels de production ne sont pas toujours couverts
En clair, on entre dans une logique où mieux vaut ne pas récolter que vendre à perte.
Perspectives : un signal d’alerte pour toute la filière
Ce qui se passe aujourd’hui en Espagne est un signal fort pour l’ensemble du bassin méditerranéen, y compris le Maroc.
Les enjeux clés pour les années à venir seront :
- mieux ajuster l’offre à la demande
- sécuriser les prix producteurs
- optimiser les coûts de récolte
- et améliorer la valorisation des produits
Car produire plus ne suffit plus.
Dans le contexte actuel, la rentabilité devient le vrai facteur limitant de la production agricole.




