Arboriculture fruitière : la filière se développe en amont, mais reste fragilisée par le manque de valorisation

LA FILIÈRE RESTE FRAGILISÉE PAR LE MANQUE DE NORMALISATION ET LES DYSFONCTIONNEMENTS DU MARCHÉ INTÉRIEUR. LE CONTRAT PROGRAMME DES INDUSTRIES AGROALIMENTAIRES PRÉVOIT PAS MOINS DE 79 NOUVELLES STATIONS DE CONDITIONNEMENT, 92 NOUVELLES UNITÉS FRIGORIFIQUES ET UNE UNITÉ D’ÉCRASEMENT DE PETITS FRUITS. SEULEMENT 50 000 TONNES SONT TRANSFORMÉES.

Quelque 10,2 milliards de DH d’investissements dont 3,6 milliards de fonds publics. C’est la somme dédiée à l’arboriculture fruitière sur la période 2011-2020 dans le cadre d’un contrat programme, mis en place par le Plan Maroc Vert (PMV). Un effort d’investissement – public et privé – témoignant de l’importance de cette filière, qui rassemble des arbres très variés de rosacées fruitières, comme le pommier, l’amandier, l’abricotier.

Arrivant à son terme d’ici une année, le contrat programme a tiré la filière arboricole vers le haut, à en juger par plusieurs indicateurs de performance communiqués par la Fédération de développement de l’agriculture au Maroc (FéDAM). A commencer par la superficie, qui a connu une extension à 345000 ha, soit 106% de l’objectif fixé à l’horizon 2020. De même, l’objectif en termes de production a été dépassé pour atteindre 1,72 million de tonnes, soit 107% de l’objectif fixé pour 2020. A l’instar de la majorité des filières, l’objectif fixé pour l’augmentation des exportations n’a pas été atteint. Toutefois, le volume exporté a plus que doublé, passant de 10 000 à 26 100 tonnes, soit 52% de l’objectif tracé en 2011. A noter que 32% des exportations sont composées de fruits frais (pomme, prune, pêche et abricots) alors que le reste est constitué de fruits transformés.

Les subventions de l’Etat ont été déterminantes

Sur un autre registre, le contrat programme a eu l’effet d’un coup d’accélérateur pour l’emploi das la filière, puisque le volume de travail a doublé, passant de 15 à 30 millions de journées de travail. «C’est un bilan très positif», commente Ahmed Oukabli, directeur de la FéDAM ; la fédération interprofessionnelle fondée en 2011 par les associations de pépiniéristes, producteurs, conditionneurs, transformateurs et exportateurs du secteur arboricole.
Pour lui, c’est la pléthore d’incitations publiques qui a contribué à ce résultat. Subventions (plafonnées) de 60% du prix d’acquisition des plants et de 10% du coût d’investissement dans les unités de conditionnement, soutien à l’achat de filet anti-grêle (40%) et des machines de lutte contre le gel (30%), mise à niveau de la FéDAM, création d’un centre de recherche appliquée….sont autant de mesures d’appui à l’arboriculture fruitière.

Si l’évolution de la filière est sans équivoque, tout n’est pas rose, à l’évidence. Ne faisant pas l’exception, l’arboriculture fruitière pâtit elle aussi de problématiques structurelles liées à l’aval commercial et industriel. «Seule 3% (50 000 tonnes) de la production est transformée. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes signataires du contrat-programme de l’industrie agro-alimentaire, afin de trouver des débouchés industriels aux excédents de production», confie le directeur de la FéDAM.

Pour mémoire, ce contrat programme des industries agroalimentaires (2017-2022) prévoit dans les filières des agrumes et des fruits et légumes frais, pas moins de 79 nouvelles stations de conditionnement, 92 nouvelles unités frigorifiques et une unité d’écrasement de petits fruits. Des investissements menées par le privé, mais soutenus à hauteur du tiers du capital investi par des fonds publics. Ce plan boostera-il la transformation de la filière arboricole ? L’avenir nous le dira.
La taxe de 7% prélevée sur les ventes toujours contestée
L’autre boulet que traîne la filière est lié à la normalisation et à la qualité. «Beaucoup reste à faire dans le volet normes et qualité», indique Ahmed Oukabli, pour qui il faut rendre obligatoire le respect des normes sur le marché intérieur. Indicateur pertinent à noter : seule 20% de la production nationale est normalisée dans les stations de conditionnement des gros producteurs. Il ne faut pas donc s’étonner que l’export ne décolle pas, malgré la hausse remarquable de la production, laquelle n’est pas assez valorisée pour pénétrer les marchés étrangers.

A l’instar de toutes les filières agricoles au Royaume, l’arboriculture fruitière souffre d’un marché national déstructuré. «Tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui, les 38 marchés de gros que compte le pays -NDLR: et qui sont sous la tutelle du ministère de l’intérieur-, constituent un frein à la commercialisation des fruits», déplore le dirigeant de la FéDAM. Prélevée sur les ventes, la taxe de 7% dans ces marchés reste trop élevée en comparaison avec les services fournis, estime la profession, d’où la nécessité de revoir leur cadre juridique et leur mode de gestion. Un dossier chaud à régler en toute urgence.

Source : lavieeco.com

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