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Face à la hausse des coûts des engrais, à la pression environnementale et à la dépendance mondiale au phosphate minier, la struvite attire de plus en plus l’attention comme solution d’avenir pour l’agriculture durable. Plusieurs recherches récentes montrent que cet engrais circulaire pourrait devenir une alternative crédible aux fertilisants phosphatés conventionnels, notamment dans les systèmes horticoles intensifs.
La struvite est un cristal naturel composé principalement de magnésium, d’ammonium et de phosphate (MgNH₄PO₄·6H₂O). Elle est récupérée à partir d’eaux usées agricoles ou urbaines via des procédés de précipitation contrôlés. Son principal avantage : transformer un déchet riche en nutriments en fertilisant à haute valeur ajoutée, dans une logique d’économie circulaire.
Un engrais à libération lente
Contrairement aux phosphates solubles classiques, la struvite agit comme un engrais à libération progressive. Cette caractéristique permet une disponibilité plus stable du phosphore dans le temps, avec moins de risques de lessivage ou de fixation rapide dans le sol.
Des essais récents menés au Brésil sur le soja et le blé montrent que la struvite issue des effluents porcins a permis de couvrir jusqu’à 50 % des besoins en phosphore tout en maintenant des niveaux de rendement comparables aux fertilisations conventionnelles.
D’autres études sur la tomate en serre ont également confirmé des performances intéressantes, notamment en matière d’absorption du phosphore et de disponibilité prolongée du nutriment dans le sol.
Une réponse à la dépendance mondiale au phosphate
Le marché mondial des engrais phosphatés reste fortement dépendant de quelques pays producteurs de roche phosphatée. Cette situation crée une vulnérabilité stratégique pour de nombreuses agricultures.
Dans ce contexte, la récupération locale du phosphore à travers la struvite devient un enjeu majeur. Les chercheurs parlent désormais de “boucle fermée du phosphore”, où les nutriments issus des déchets sont réinjectés dans la production agricole au lieu d’être perdus.
Pour les pays agricoles intensifs comme le Maroc, cette approche pourrait présenter un double intérêt :
réduire la dépendance aux importations de certains engrais spécialisés,
améliorer la durabilité environnementale des systèmes de production.
Intérêt potentiel pour l’horticulture sous serre
Dans les cultures hors-sol et sous serre, où la gestion fine du phosphore devient essentielle, la struvite pourrait offrir plusieurs avantages :
libération plus progressive du phosphore,
réduction des pertes par drainage,
meilleure efficience des fertilisants,
intégration possible dans des programmes de fertigation circulaire.
Cependant, les chercheurs soulignent que l’efficacité de la struvite dépend fortement :
du type de sol ou de substrat,
du pH,
de l’activité biologique,
et du système d’irrigation utilisé.
Certaines études montrent également que son comportement peut varier selon l’origine des eaux usées utilisées pour sa production.
Des limites encore à lever
Malgré son potentiel, la struvite reste aujourd’hui confrontée à plusieurs défis :
coût de production encore élevé,
disponibilité limitée à grande échelle,
réglementation variable selon les pays,
besoin d’adaptation technique des programmes de fertilisation.
Des travaux indiquent aussi que, dans certaines situations, les engrais phosphatés conventionnels restent plus performants économiquement à court terme.
Mais la dynamique mondiale autour des fertilisants circulaires s’accélère. Plusieurs groupes industriels investissent déjà dans des solutions “green fertiliser”, intégrant récupération des nutriments et réduction de l’empreinte carbone agricole.
Vers une nouvelle génération de fertilisation ?
La struvite illustre parfaitement l’évolution actuelle de l’agriculture : passer d’un modèle linéaire basé sur l’extraction et la consommation à un modèle circulaire valorisant les ressources perdues.
Pour l’horticulture moderne, notamment sous serre et en cultures intensives, cette technologie pourrait devenir dans les prochaines années un complément stratégique aux fertilisations conventionnelles, particulièrement dans un contexte de pression croissante sur les ressources naturelles et les coûts des intrants.




