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Alors que les exploitations agricoles marocaines font déjà face à l’augmentation des coûts de production, une nouvelle difficulté prend de l’ampleur : la raréfaction des ouvriers agricoles. Entre hausse des rémunérations, difficultés de recrutement et impératifs de récolte, les producteurs doivent repenser leur organisation.
Une main-d’œuvre de plus en plus difficile à trouver
Le secteur agricole marocain traverse une période de transformation marquée par une pression croissante sur la disponibilité de la main-d’œuvre. Selon un article publié par La Vie éco le 26 octobre 2026, les exploitants rencontrent des difficultés grandissantes pour recruter les travailleurs nécessaires aux opérations culturales et aux récoltes.
Cette situation s’accompagne d’une augmentation des rémunérations, qui vient alourdir les charges des entreprises agricoles déjà confrontées à la hausse des prix des intrants et de l’énergie.
La Vie éco
Pour les producteurs, la question ne se limite plus au coût du travail. Il s’agit désormais de pouvoir mobiliser suffisamment de personnel au moment opportun, particulièrement pendant les périodes de forte activité.
Les cultures maraîchères et les fruits rouges particulièrement exposés
Les filières nécessitant une importante intervention manuelle sont parmi les plus vulnérables à cette évolution.
Dans les exploitations de tomates, de framboises, de myrtilles ou de fraises, certaines opérations restent difficilement mécanisables. La récolte, le tri, l’entretien des cultures et diverses interventions techniques nécessitent une main-d’œuvre disponible et suffisamment qualifiée.
Pour les fruits rouges, notamment, la récolte doit souvent être réalisée à intervalles rapprochés afin de préserver la qualité commerciale des produits.
Une insuffisance de personnel peut entraîner des retards de cueillette, des pertes de qualité et, dans certains cas, une diminution des volumes commercialisables.
Dans les régions agricoles intensives comme le Souss-Massa, où les productions destinées à l’exportation occupent une place importante, la gestion des effectifs constitue ainsi un enjeu stratégique.
Un paradoxe : moins d’emplois agricoles, mais davantage de difficultés de recrutement
L’un des aspects les plus frappants de cette situation réside dans le contraste entre la raréfaction des travailleurs disponibles et la diminution globale de l’emploi agricole, également soulignée par La Vie éco.
Ce paradoxe peut s’expliquer par plusieurs facteurs structurels.
L’évolution des aspirations professionnelles, l’attractivité d’autres secteurs économiques, les contraintes physiques du travail agricole et le caractère saisonnier de certains emplois peuvent contribuer à réduire le nombre de personnes disposées à travailler dans les exploitations.
La disponibilité de travailleurs à l’échelle nationale ne garantit donc pas nécessairement leur présence dans les bassins de production, ni leur mobilisation pendant les périodes de pointe.
Des coûts de production sous pression
L’augmentation du coût de la main-d’œuvre intervient dans un contexte où les producteurs doivent déjà maîtriser plusieurs postes de dépenses : fertilisation, protection phytosanitaire, irrigation, énergie, emballage et transport.
Dans les cultures intensives, où les opérations manuelles représentent une part importante des charges, une augmentation des rémunérations peut affecter directement la rentabilité.
La difficulté devient encore plus importante lorsque les prix de vente sont instables ou lorsque les producteurs ne peuvent pas répercuter leurs charges supplémentaires sur leurs clients.
Cette situation impose une gestion plus rigoureuse des coûts de production et une meilleure anticipation des besoins en personnel.
Mécanisation et fidélisation : deux pistes complémentaires
Face à ces difficultés, les exploitations pourraient être amenées à accélérer leur modernisation.
L’introduction d’équipements facilitant la manutention, le transport des récoltes, le conditionnement ou certaines opérations culturales peut contribuer à réduire la pénibilité du travail et à améliorer la productivité.
Toutefois, la mécanisation ne constitue pas une solution universelle, notamment pour les productions fragiles destinées au marché du frais.
La fidélisation des ouvriers devient donc tout aussi importante. L’amélioration des conditions de travail, la formation, l’organisation des équipes et une rémunération adaptée peuvent aider les entreprises à stabiliser leurs effectifs.
À plus long terme, la capacité des exploitations à attirer et à conserver une main-d’œuvre qualifiée pourrait devenir un facteur de compétitivité aussi déterminant que la maîtrise de l’eau ou des intrants.
Un enjeu stratégique pour l’avenir de l’agriculture marocaine
La pénurie de main-d’œuvre agricole ne représente pas uniquement une difficulté ponctuelle de recrutement. Elle soulève des questions plus profondes sur l’évolution du modèle de production agricole marocain.
Pour les filières exportatrices, particulièrement sensibles aux calendriers de récolte et aux exigences de qualité, la disponibilité des travailleurs constitue un élément essentiel de la performance économique.
Les prochaines années pourraient ainsi voir se renforcer les investissements dans les équipements, la formation professionnelle et les nouvelles formes d’organisation du travail.
L’enjeu pour l’agriculture marocaine sera de concilier productivité, compétitivité et attractivité des métiers agricoles, dans un environnement où la main-d’œuvre devient une ressource de plus en plus stratégique.


