
Tomate marocaine : entre pression espagnole et nouvelles menaces sur le marché britannique
23 October 2026
Le rapprochement réglementaire entre Londres et Bruxelles suscite des inquiétudes chez les professionnels britanniques des fruits et légumes. Les exportateurs marocains de myrtilles, dont les expéditions vers le Royaume-Uni ont fortement progressé, pourraient être confrontés à de nouvelles formalités, à des coûts supplémentaires et à des délais de livraison plus longs.
Les exportations marocaines de myrtilles progressent de 44 %
Le Maroc renforce sa présence sur le marché britannique de la myrtille, devenu un débouché stratégique pour les producteurs et exportateurs nationaux.
Entre juillet 2024 et juin 2025, les exportations marocaines de myrtilles vers le Royaume-Uni ont atteint environ 19 000 tonnes, enregistrant une progression de 44 % par rapport à la campagne précédente.
Cette évolution intervient dans un contexte de croissance de la consommation britannique. En 2025, le Royaume-Uni a importé 82 630 tonnes de myrtilles, contre 71 800 tonnes en 2024, soit une augmentation proche de 15 %.
Le marché britannique s’approvisionne auprès de plusieurs origines, notamment le Maroc, le Pérou, le Chili et l’Afrique du Sud, qui se complètent selon leurs calendriers de production.
Un accord entre Londres et Bruxelles pourrait modifier les règles d’importation
Le Royaume-Uni et l’Union européenne négocient actuellement un rapprochement de leurs réglementations sanitaires et phytosanitaires.
Cet accord vise principalement à simplifier les échanges agroalimentaires entre les deux partenaires après le Brexit.
Cependant, cette harmonisation pourrait produire un effet inverse pour les fournisseurs situés hors de l’Union européenne.
Les fruits et légumes provenant de pays tiers, dont le Maroc, pourraient être soumis à des exigences supplémentaires en matière de certificats phytosanitaires, d’inspections et de contrôles aux frontières.
Pour les exportateurs de myrtilles, ces changements pourraient entraîner une augmentation des coûts logistiques et administratifs.
Plus de 300 millions de livres de coûts supplémentaires
Le Fresh Produce Consortium (FPC), qui représente les professionnels britanniques des fruits et légumes, alerte sur les conséquences économiques potentielles de ces nouvelles procédures.
Selon ses estimations, les formalités supplémentaires pourraient générer plus de 300 millions de livres sterling de coûts additionnels par an pour les importations britanniques de fruits et légumes frais en provenance de pays tiers.
Cette estimation concerne environ quatre millions de tonnes de produits frais importés annuellement et non exclusivement les myrtilles.
Le FPC souligne également que le système britannique actuel, fondé sur une évaluation des risques, présente un taux de conformité de 99,5 % aux frontières.
L’organisation estime donc qu’un renforcement généralisé des contrôles ne serait pas nécessairement justifié pour les produits destinés uniquement au marché britannique.
Des risques particuliers pour les myrtilles fraîches
Au-delà des coûts administratifs, les éventuels retards aux frontières représentent une préoccupation majeure pour la filière.
La myrtille est un fruit périssable dont la qualité commerciale dépend notamment du maintien de la chaîne du froid et de la rapidité de mise sur le marché.
Des inspections supplémentaires pourraient prolonger les délais de dédouanement et réduire la durée de commercialisation disponible après l’arrivée des fruits.
Ces retards pourraient également augmenter les pertes, compliquer les programmes de livraison et affecter la compétitivité des exportateurs.
Pour les producteurs marocains, dont les expéditions sont concentrées sur une période déterminée de l’année, la fiabilité logistique constitue un facteur essentiel pour satisfaire les exigences de la grande distribution britannique.
Le secteur britannique demande une exemption
Face à ces risques, le Fresh Produce Consortium réclame une exemption durable pour les fruits et légumes frais importés de pays tiers et destinés exclusivement à la consommation britannique.
L’objectif est de préserver le système actuel de contrôles fondés sur les risques, tout en maintenant les exigences européennes pour les marchandises qui seraient ensuite réexportées vers l’Union européenne.
L’organisation souhaite que cette question figure parmi les priorités du sommet entre le Royaume-Uni et l’Union européenne prévu le 20 novembre à Bruxelles.
Les modalités du futur accord restent néanmoins en discussion. À ce stade, aucune nouvelle obligation spécifique aux myrtilles marocaines n’a été définitivement adoptée.
Un enjeu stratégique pour la filière marocaine
La progression rapide des exportations marocaines de myrtilles vers le Royaume-Uni témoigne de la capacité de la filière à conquérir des parts de marché à l’international.
Toutefois, cette croissance rend également les opérateurs plus sensibles aux évolutions réglementaires de leurs principaux débouchés.
Si les nouvelles exigences se concrétisent, les producteurs et exportateurs marocains devront anticiper leurs conséquences sur les coûts, les délais de transport et les procédures documentaires.
L’enjeu sera de préserver la compétitivité de la myrtille marocaine sur un marché britannique en expansion, sans que de nouvelles barrières administratives viennent freiner la dynamique des exportations.



