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19 October 2026
Alors que les producteurs espagnols dénoncent une concurrence marocaine de plus en plus forte sur le marché européen, un éventuel rapprochement réglementaire entre le Royaume-Uni et l’Union européenne pourrait compliquer l’accès des tomates marocaines au marché britannique. Deux évolutions qui soulignent les défis commerciaux auxquels la filière marocaine pourrait être confrontée dans les prochaines années.
L’Espagne s’inquiète de la progression des tomates marocaines
La concurrence entre les producteurs marocains et espagnols de tomates continue d’alimenter les discussions au niveau européen.
Lors d’une réunion du groupe d’experts de la Commission européenne consacrée au marché de la tomate, tenue le 15 octobre 2026 à Bruxelles, les représentants espagnols ont exprimé leurs inquiétudes face à la diminution des surfaces consacrées à la production de tomates cerises, particulièrement celles commercialisées en vrac.
Selon la fédération espagnole FEPEX, cette évolution serait notamment liée à la concurrence des tomates marocaines, proposées à des prix jugés plus compétitifs.
Les professionnels espagnols mettent en avant les différences de coûts de main-d’œuvre et de conditions réglementaires entre les deux pays.
Toutefois, les difficultés de la filière espagnole ne se limitent pas à la concurrence étrangère. Les producteurs font également face à une augmentation de leurs charges, notamment de 16 % pour l’énergie et le transport et de 18 % pour les plastiques, les emballages et les matériaux de conditionnement.
À ces contraintes économiques s’ajoutent les difficultés phytosanitaires, les conditions météorologiques défavorables et l’adoption de variétés résistantes aux virus, parfois moins productives.
Le Maroc, premier fournisseur de tomates fraîches de l’UE parmi les pays tiers
Les données commerciales confirment la place stratégique occupée par le Maroc sur le marché européen.
En 2025, le Royaume a exporté environ 527 000 tonnes de tomates fraîches vers l’Union européenne, représentant 68,2 % des importations européennes de tomates en provenance de pays tiers.
Ce volume concerne l’ensemble des variétés de tomates fraîches, et non exclusivement les tomates cerises.
Cette progression témoigne de la compétitivité acquise par la filière marocaine, portée notamment par le développement des cultures sous serre, la diversification variétale et l’organisation des circuits d’exportation.
Elle accentue néanmoins les tensions commerciales avec certains producteurs européens, qui réclament régulièrement des conditions de concurrence plus équitables.
Le Royaume-Uni : un autre défi se profile à l’horizon 2027
Parallèlement aux tensions sur le marché européen, les exportateurs marocains pourraient être confrontés à une évolution réglementaire importante au Royaume-Uni.
Londres envisage un rapprochement avec l’Union européenne en matière de règles sanitaires et phytosanitaires applicables aux échanges agroalimentaires.
L’objectif est de faciliter les échanges entre les deux partenaires. Cependant, une harmonisation réglementaire pourrait entraîner de nouvelles contraintes pour les fournisseurs issus de pays tiers, dont le Maroc.
Le marché britannique représente un débouché particulièrement important pour la tomate marocaine.
En 2025, le Maroc y a exporté 120 121 tonnes de tomates fraîches, pour une valeur estimée à 173,46 millions de dollars.
Toute modification des conditions d’accès à ce marché pourrait donc avoir des conséquences directes sur les opérateurs marocains.
Plus de 300 millions de livres de surcoûts potentiels
Dans une alerte publiée le 20 octobre, le Fresh Produce Consortium, organisation représentant les professionnels britanniques des fruits et légumes, a mis en garde contre les conséquences possibles de cette évolution réglementaire.
Selon ses estimations, les nouvelles procédures pourraient générer plus de 300 millions de livres sterling de coûts supplémentaires par an pour les importations britanniques de produits frais provenant de pays extérieurs à l’Union européenne.
Ce montant concerne l’ensemble des produits frais importés des pays tiers, et non uniquement les produits marocains.
Les professionnels redoutent notamment une augmentation des inspections, des formalités documentaires et des frais administratifs.
Pour les tomates et les autres produits hautement périssables, ces contraintes pourraient se traduire par des délais supplémentaires aux frontières, une réduction de la durée de commercialisation et une augmentation des pertes.
Il convient toutefois de préciser que les obligations qui pourraient s’appliquer spécifiquement aux tomates marocaines ne sont pas encore définies. Les discussions entre Londres et Bruxelles restent en cours, avec une éventuelle application du nouvel accord à partir de 2027.
Une filière marocaine confrontée à deux défis différents
Ces deux évolutions illustrent une situation particulière pour les exportateurs marocains.
Sur le marché européen, la compétitivité des tomates marocaines suscite une pression croissante de la part des organisations agricoles espagnoles.
Sur le marché britannique, ce sont plutôt les changements réglementaires qui pourraient affecter les conditions d’accès.
Dans les deux cas, les enjeux dépassent la simple question du prix de vente.
La maîtrise des coûts logistiques, la conformité sanitaire et phytosanitaire, la traçabilité, la qualité des produits et la capacité à respecter les délais de livraison deviennent des facteurs essentiels de compétitivité.
Pour les producteurs marocains, l’enjeu sera de préserver leurs positions commerciales tout en anticipant les éventuelles évolutions des exigences réglementaires.
La progression des exportations marocaines de tomates constitue une réussite commerciale, mais elle s’accompagne désormais d’une exposition accrue aux tensions concurrentielles et aux décisions réglementaires de ses principaux marchés de destination.




