
Bio au Maroc : un énorme potentiel, mais où sont les produits ?
4 September 2026
Avec près de 90 000 tonnes exportées en 2025/26, la myrtille marocaine n’a jamais été aussi puissante. Pourtant, les premiers signes de pression apparaissent sur les prix tandis que la Chine produit désormais à une échelle gigantesque et que l’Égypte investit massivement. La myrtille marocaine reste très compétitive, mais l’époque où augmenter les surfaces suffisait presque à garantir de confortables marges pourrait toucher à sa fin.
Le Maroc vient encore de battre un record. Ses exportations de myrtilles fraîches ont atteint 89 236 tonnes en 2025/26, en hausse de 6 % sur un an.
Le succès est spectaculaire. En quelques années, le Royaume s’est imposé parmi les grands acteurs mondiaux de la myrtille grâce à son climat, sa proximité avec l’Europe, l’arrivée de nouvelles génétiques et le développement rapide des surfaces.
Mais derrière ces records apparaît une question de plus en plus importante : jusqu’où peut-on continuer à augmenter la production sans mettre les prix sous pression ?
Premier avertissement sur les prix
La dernière campagne a déjà donné un aperçu de ce qui pourrait arriver.
En début de saison, en janvier, des opérateurs marocains rapportaient des prix autour de 11 €/kg EXW. En avril, avec la montée des volumes et l’arrivée du pic espagnol, ils étaient descendus autour de 7,50 €/kg.
La demande européenne reste pourtant solide. Les dernières campagnes de fruits rouges en Europe montrent même une consommation dynamique de myrtilles, framboises et fraises.
C’est une excellente nouvelle.
Mais elle cache un changement fondamental : la demande augmente, mais l’offre mondiale augmente elle aussi extrêmement vite.
La Chine produit déjà 810 000 tonnes
C’est probablement le chiffre le plus impressionnant.
La production chinoise de myrtilles serait passée d’environ 347 000 tonnes en 2020 à 810 000 tonnes en 2025, avec plus de 105 000 hectares cultivés.
Pendant longtemps, cela concernait relativement peu le Maroc : l’immense marché intérieur chinois absorbait l’essentiel de cette production.
Mais les choses changent.
La Chine améliore rapidement ses variétés, ses techniques sous substrat, sa chaîne du froid et sa logistique. Elle développe désormais ses exportations vers l’Asie mais aussi vers la Russie.
Or la Russie est précisément l’un des marchés alternatifs recherchés par les exportateurs marocains.
Des opérateurs marocains ont d’ailleurs déjà signalé cette saison la pression de la concurrence chinoise sur ce marché.
Le paradoxe est évident : plus le Maroc produit, plus il doit chercher des marchés au-delà de l’Europe. Mais plus il s’éloigne de l’Europe, plus son exceptionnel avantage logistique diminue.
L’Égypte, la menace la plus proche
Pour l’Europe, un autre concurrent pourrait être encore plus préoccupant : l’Égypte.
Sa production de myrtilles reste aujourd’hui très inférieure à celle du Maroc. Mais ce qui compte n’est pas seulement ce qu’elle produit aujourd’hui : c’est ce qu’elle est en train de planter.
De nouveaux projets représentent désormais des milliers d’hectares, dont une partie n’est pas encore arrivée à pleine production.
Et l’Égypte possède pratiquement tous les ingrédients nécessaires pour accélérer : climat hivernal favorable, coûts compétitifs, proximité de l’Europe et une industrie d’exportation de fruits et légumes déjà extrêmement puissante.
Surtout, son calendrier est gênant pour le Maroc.
La production égyptienne se concentre principalement entre l’hiver et le printemps, avec un pic attendu autour de février-mars.
Autrement dit, exactement pendant l’une des fenêtres les plus intéressantes pour le Maroc.
L’Égypte ne représente donc pas encore un concurrent de la taille du Maroc dans la myrtille. Mais elle pourrait le devenir beaucoup plus rapidement qu’on ne le pense.
Égypte en hiver, Espagne au printemps, Chine à l’Est
Le problème marocain apparaît alors plus clairement.
En hiver, la montée en puissance égyptienne pourrait progressivement augmenter l’offre.
Au printemps, l’Espagne entre en pleine production et exerce déjà une pression directe sur les prix marocains.
Sur les marchés russe et asiatique, la Chine devient de plus en plus compétitive.
Pendant ce temps, les surfaces marocaines continuent elles aussi à augmenter.
Le danger n’est donc pas nécessairement une chute brutale du marché. Il est plus subtil : davantage de semaines pendant lesquelles plusieurs origines se chevauchent et se disputent les mêmes acheteurs.
Et quelques semaines de prix faibles peuvent suffire à modifier fortement la rentabilité annuelle d’une exploitation.
Le Maroc conserve de sérieux avantages
Il serait donc prématuré d’annoncer la fin du succès marocain.
Le Maroc possède encore un avantage extraordinaire sur son principal marché : l’Europe est à sa porte.
Il dispose également d’une filière mature, de producteurs expérimentés, de stations de conditionnement performantes et d’un accès rapide aux nouvelles génétiques.
La progression continue d’ailleurs. Sur le marché britannique, le Maroc est devenu le premier fournisseur de myrtilles avec environ 19 000 tonnes expédiées entre juillet 2024 et juin 2025, en hausse de 44 %.
Le Souss-Massa pourrait également prendre une importance croissante. Ses conditions climatiques permettent de rechercher ce qui deviendra probablement encore plus précieux dans les prochaines années : la précocité.
Car dans un marché plus encombré, produire trois semaines plus tôt peut valoir beaucoup plus que produire quelques tonnes supplémentaires à l’hectare.
Il ne faudra plus seulement chercher le rendement
C’est probablement le principal changement qui attend la filière marocaine.
Lorsque le marché absorbe facilement les volumes, augmenter le rendement est une stratégie logique.
Lorsque plusieurs origines arrivent simultanément, la question devient différente :
à quelle semaine vais-je produire mes kilos ?
Le choix variétal devra donc tenir compte non seulement du rendement, mais aussi de la précocité, du calibre, de la fermeté, du goût, de la conservation et surtout de la période du pic de production.
La meilleure exploitation ne sera plus forcément celle qui produit le plus de kilos.
Ce sera celle qui produit le maximum de kilos commercialisables pendant les semaines où ils valent le plus cher.
La fin des années dorées ?
Non, probablement pas.
La consommation mondiale continue de progresser et le Maroc conserve une position remarquable.
Mais les années où il suffisait presque de planter de nouvelles surfaces pour profiter de la croissance du marché pourraient effectivement toucher à leur fin.
La Chine montre déjà ce qui peut arriver lorsqu’une culture très rentable attire énormément d’investissements : les volumes explosent et les prix finissent par subir la pression.
L’Égypte montre, elle, qu’un nouveau concurrent peut apparaître très rapidement.
Le prochain chapitre de la myrtille marocaine ne sera donc plus seulement une course aux hectares.
Il faudra produire plus tôt, avec les meilleures génétiques, maîtriser les coûts et surtout savoir où et quand vendre les kilos avant même de décider de les produire.
Les années dorées ne sont peut-être pas terminées.
Mais pour la myrtille marocaine, les années faciles le sont probablement.



