
Myrtille marocaine : les années dorées touchent-elles à leur fin ?
4 September 2026
La lutte biologique contre les thrips et les aleurodes continue de progresser dans les cultures sous serre. Koppert mise désormais sur Amblydromalus limonicus, un acarien prédateur particulièrement vorace, proposé dans un nouveau système de sachets à libération progressive sous le nom de Limonica Ulti-Mite.
L’innovation est intéressante à deux niveaux : par les capacités du prédateur lui-même, mais surtout par la possibilité de maintenir et de multiplier progressivement sa population directement au sein de la culture.
Un prédateur capable d’attaquer plusieurs stades du thrips
Amblydromalus limonicus est un acarien prédateur généraliste qui s’attaque notamment aux larves de thrips ainsi qu’aux œufs et larves d’aleurodes.
L’un de ses principaux intérêts réside dans sa capacité à consommer non seulement les jeunes larves de thrips de premier stade, mais également celles du deuxième stade larvaire (L2), plus grandes et généralement plus difficiles à maîtriser par certains auxiliaires.
L’espèce présente également une capacité de reproduction élevée et reste active sur une plage de températures relativement large. Elle peut ainsi constituer un outil intéressant lorsque les températures deviennent moins favorables à certains autres acariens prédateurs couramment utilisés.
Le sachet devient une petite unité d’élevage
La principale évolution de Limonica Ulti-Mite concerne toutefois son mode d’introduction.
Plutôt que de libérer ponctuellement les acariens dans la culture, chaque sachet contient une petite population qui peut continuer à se multiplier avant de coloniser progressivement les plantes.
Le sachet maintient un microclimat favorable à la reproduction des acariens et limite les variations d’humidité. Les auxiliaires sont ensuite libérés progressivement pendant plusieurs semaines.
Selon Koppert, la diffusion peut se poursuivre pendant quatre à six semaines, permettant de maintenir une pression continue sur les populations de ravageurs.
Cette stratégie peut être particulièrement intéressante dans les programmes de protection intégrée : l’objectif n’est plus uniquement d’intervenir lorsque le ravageur devient visible, mais d’installer suffisamment tôt une population d’auxiliaires capable de limiter son développement.
Des essais dans 32 exploitations espagnoles
Le nouveau système a notamment été testé dans 32 exploitations sous serre d’Almería, principalement sur poivron et concombre, représentant environ 25 hectares.
Koppert indique avoir consacré plus de 10 000 heures de recherche et réalisé plus de 50 essais dans le cadre du développement de cette technologie.
Le fabricant recommande une introduction préventive ou très précoce. Pour le produit commercial en sachets, la recommandation générale publiée par Koppert est d’au moins 3 000 sachets par hectare, avec adaptation selon la culture, le climat et la pression parasitaire.
Cette approche préventive devient d’autant plus importante avec l’apparition ou l’expansion de thrips difficiles à contrôler, notamment Thrips parvispinus, désormais considéré comme une menace sérieuse pour plusieurs productions horticoles méditerranéennes.
Un nouvel outil, mais pas pour toutes les cultures
Limonica Ulti-Mite est destiné au contrôle des thrips et des aleurodes et peut être associé à d’autres auxiliaires, notamment Orius spp. ainsi qu’à des parasitoïdes d’aleurodes.
En revanche, Koppert déconseille de l’associer simultanément à plusieurs autres acariens prédateurs généralistes comme Amblyseius swirskii ou Neoseiulus cucumeris, qui peuvent entrer en compétition avec lui.
Autre restriction importante : le fabricant indique explicitement que Limonica Ulti-Mite ne doit pas être utilisé sur tomate.
Son intérêt concerne donc surtout certaines cultures horticoles protégées, les plantes ornementales et plusieurs cultures de fruits rouges.
Vers une lutte biologique davantage préventive
Au-delà du lancement d’un nouvel auxiliaire, cette technologie illustre une évolution plus large de la protection biologique des cultures.
La stratégie consiste de plus en plus à installer les auxiliaires avant l’explosion du ravageur, puis à maintenir leurs populations suffisamment longtemps dans la serre. Les systèmes de sachets transformés en véritables petites unités d’élevage vont précisément dans cette direction.
Face à la réduction progressive du nombre de substances actives disponibles et à l’apparition de ravageurs plus difficiles à contrôler, cette capacité à maintenir durablement des populations d’auxiliaires pourrait devenir un élément central des programmes de lutte intégrée en horticulture méditerranéenne.



