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L’année 2025 marque un tournant historique dans le commerce mondial des agrumes. Pour la première fois, l’Afrique du Sud a dépassé l’Espagne et est devenue le premier exportateur mondial d’agrumes en volume. Selon les chiffres communiqués par la filière sud-africaine et confirmés par plusieurs sources internationales, le pays a exporté près de 2,9 millions de tonnes d’agrumes en 2025, devançant ainsi le leader historique espagnol.
Une progression construite sur plusieurs décennies
Cette performance n’est pas le fruit du hasard. Depuis plus de vingt ans, l’Afrique du Sud investit massivement dans l’extension de ses vergers, la modernisation de ses stations de conditionnement, la logistique portuaire et l’ouverture de nouveaux marchés à l’export. Le pays bénéficie également d’un calendrier de production complémentaire à celui de l’hémisphère nord, lui permettant d’approvisionner les marchés internationaux lorsque l’offre européenne est limitée.
Parallèlement, l’Espagne a dû faire face à plusieurs campagnes difficiles marquées par la sécheresse, les épisodes climatiques extrêmes, la hausse des coûts de production et certaines contraintes phytosanitaires. Ces facteurs ont contribué à réduire sa compétitivité relative sur le marché mondial.
Une filière exportatrice extrêmement performante
Le secteur sud-africain des agrumes est aujourd’hui l’un des plus structurés au monde. Les exportations représentent l’essentiel de la production commerciale et alimentent principalement l’Union européenne, le Moyen-Orient, l’Asie et l’Amérique du Nord.
La filière bénéficie d’une organisation professionnelle forte autour de la Citrus Growers Association (CGA), d’une spécialisation poussée des exploitations et d’une capacité logistique importante reliant les zones de production aux ports d’exportation.
Les autorités sud-africaines considèrent cette première place mondiale comme la preuve de la compétitivité croissante de leur agriculture et de leur capacité à répondre à une demande internationale en constante progression.
Un leadership qui reste fragile
Malgré ce succès, plusieurs défis subsistent. La filière sud-africaine reste fortement dépendante de l’exportation et demeure exposée aux tensions géopolitiques, aux coûts logistiques et aux barrières commerciales.
Les producteurs ont récemment exprimé leurs inquiétudes concernant les coûts du carburant, les perturbations du transport maritime et certaines mesures tarifaires sur des marchés stratégiques comme les États-Unis.
L’industrie reste toutefois optimiste et prévoit encore une croissance des exportations pour la campagne 2026, grâce à l’entrée en production de nouveaux vergers et à une demande mondiale soutenue.
Quelles leçons pour le Maroc ?
Pour le Maroc, cette évolution constitue un signal fort. Bien que le Royaume demeure un acteur majeur de l’exportation d’agrumes, notamment en clémentines et mandarines, la concurrence internationale s’intensifie.
L’exemple sud-africain montre que la compétitivité future reposera de plus en plus sur :
l’efficacité logistique ;
l’accès aux marchés à forte valeur ajoutée ;
l’innovation variétale ;
la gestion durable de l’eau ;
la capacité à garantir une qualité constante aux importateurs.
Dans un contexte marqué par le stress hydrique et la hausse des coûts de production, le maintien de la position du Maroc sur les marchés internationaux passera autant par la productivité que par la différenciation et la création de valeur.
Une nouvelle géographie mondiale des agrumes
Le dépassement de l’Espagne par l’Afrique du Sud illustre une transformation plus large du commerce agricole mondial. Les pays de l’hémisphère sud gagnent progressivement du terrain grâce à des investissements soutenus, une meilleure organisation des filières et une présence accrue sur les marchés internationaux.
Pour les opérateurs marocains, cette évolution doit être observée non comme une menace, mais comme une indication claire de la direction prise par le marché mondial des agrumes : davantage de compétitivité, davantage d’innovation et une exigence croissante en matière de qualité et de régularité des approvisionnements.




