
Fruits rouges au Maroc : la rentabilité au cœur de la Morocco Berry Conference 2026
30 October 2026
Les tomates marocaines occupent une place majeure sur le marché britannique. Sur la campagne 2025-2026, le Royaume-Uni en a importé presque deux fois plus que de tomates espagnoles. Derrière cette performance, un autre chiffre retient toutefois l’attention : un prix moyen à l’importation sensiblement inférieur pour l’origine marocaine.
Cette situation met en lumière deux dimensions de la réussite à l’export : la capacité à approvisionner un marché et la valeur dégagée par les ventes. Pour les professionnels marocains, les chiffres britanniques constituent ainsi un indicateur de positionnement commercial, tout en invitant à examiner plus précisément la composition des exportations.
Le Maroc confirme sa place devant l’Espagne
Entre le 1er septembre 2025 et le 31 août 2026, le Royaume-Uni a importé 122 890 tonnes de tomates marocaines, contre 63 050 tonnes en provenance d’Espagne. Les volumes marocains dépassent donc les volumes espagnols d’environ 95 %.
Ces données proviennent d’une analyse publiée le 28 octobre par Hortoinfo, à partir des statistiques Comtrade des Nations unies. Le Maroc représente 31,42 % des importations britanniques de tomates, contre 16,12 % pour l’Espagne. Les Pays-Bas restent le premier fournisseur, avec 162 950 tonnes et 41,67 % du marché.
Le Royaume se trouve ainsi solidement installé parmi les principaux fournisseurs du marché britannique. Mais ce classement mesure des quantités : il ne renseigne pas directement sur les marges des entreprises ni sur la rentabilité des exploitations.
Des volumes élevés, une valeur moyenne plus faible
L’écart entre les deux origines se réduit fortement lorsqu’on observe la valeur des échanges. Sur la période étudiée, les importations britanniques de tomates marocaines représentent 188,94 millions d’euros, contre 154,11 millions d’euros pour les tomates espagnoles.
Le prix moyen ressort à 1,54 euro le kilogramme pour le Maroc, contre 2,44 euros pour l’Espagne, soit une différence de 90 centimes par kilogramme. Malgré des volumes presque doubles, la valeur des échanges marocains ne dépasse donc celle de l’Espagne que d’environ 23 %.
Ce contraste mérite l’attention de la filière. Il serait toutefois prématuré de l’interpréter comme la preuve d’une sous-valorisation systématique des tomates marocaines.
Comparer les prix exige de comparer les produits
Une moyenne nationale regroupe des marchandises qui peuvent être très différentes. La tomate ronde, la tomate cerise, la mini-plum ou les spécialités commercialisées en petits conditionnements ne se positionnent pas nécessairement sur les mêmes marchés.
La présentation, le calibre, l’emballage et la période de livraison peuvent également influencer la valeur enregistrée. Une comparaison pertinente devrait donc porter sur des produits équivalents, vendus dans des conditions comparables.
Avant de conclure que l’origine espagnole obtient un meilleur prix pour une même tomate, il faudrait connaître la répartition des volumes par segment. Les données globales présentées ici ne permettent pas de répondre à cette question.
Autre distinction essentielle : le prix moyen à l’importation ne correspond pas au prix net reçu par le producteur. Il ne permet pas davantage de calculer sa marge. Pour apprécier la rentabilité, il faut rapprocher la recette effectivement perçue des coûts de production, de conditionnement et de commercialisation supportés par chaque opérateur.
Pour les exportateurs, mieux comprendre la valeur
Ces résultats ouvrent une piste de travail : analyser les performances commerciales au-delà du tonnage total. Pour une entreprise exportatrice, le suivi du prix moyen par variété, par conditionnement, par client et par semaine apporterait une lecture plus utile qu’une seule moyenne annuelle.
Il permettrait notamment d’identifier les références qui contribuent le mieux au résultat, ainsi que les périodes où les volumes supplémentaires trouvent une rémunération satisfaisante. Une hausse des expéditions peut renforcer le chiffre d’affaires sans améliorer proportionnellement la marge.
La différenciation constitue également une voie à examiner. Qualité gustative, homogénéité, tenue après récolte et régularité des livraisons sont autant de critères sur lesquels construire une proposition commerciale. Leur intérêt économique doit toutefois être mesuré : une référence mieux vendue peut aussi entraîner davantage de dépenses ou de pertes.
Une position commerciale à transformer en rentabilité durable
Pour les producteurs marocains, la performance britannique représente un débouché important. Elle invite aussi à mieux relier les choix effectués dans les serres aux résultats obtenus sur le marché : choix variétal, rendement commercialisable, taux d’écart et coût de main-d’œuvre doivent être examinés ensemble.
L’objectif ne consiste donc pas simplement à rechercher le prix au kilogramme le plus élevé. Il s’agit de déterminer quelles combinaisons de produit, de rendement et de débouché assurent le meilleur résultat économique.
Le Maroc dispose d’une présence forte sur le marché britannique de la tomate. Le prochain enjeu pour la filière sera de consolider cette place tout en améliorant la connaissance de la valeur créée — et de celle qui revient effectivement aux exploitations.




