
Tomates : le Maroc freine les exportations vers l’Afrique, mais les prix baisseront ils vraiment ?
6 November 2026
La campagne péruvienne de myrtilles a démarré tôt, mais son avance masque une baisse des volumes attendus. Alors que l’offre se contracte sur la fin de l’année, les exportateurs marocains pourraient bénéficier d’un contexte plus favorable en Europe. Une opportunité qui dépendra surtout du calendrier des récoltes et de la qualité des fruits.
Le marché international de la myrtille aborde une transition inhabituelle. Au Pérou, la précocité des récoltes n’a pas débouché sur la forte disponibilité généralement attendue en octobre et novembre. Dans certaines zones du nord, une part importante de la production a été récoltée entre juin et septembre, laissant une offre moins abondante pour la suite de la campagne. Selon Joseph Navarro, dirigeant du groupe exportateur Masojo, la courbe de production était déjà orientée à la baisse en octobre. freshplaza.com
Pour le Maroc, qui prépare sa montée en puissance hivernale, ce décalage mérite une attention particulière. Le potentiel commercial ne tient pas uniquement à la diminution du volume péruvien : il dépend aussi des semaines durant lesquelles cette diminution se fera sentir chez les acheteurs européens.
Des prévisions péruviennes nettement revues à la baisse
La sixième estimation de Proarándanos, publiée à la mi-octobre, situe les exportations péruviennes de myrtilles fraîches à 344 000 tonnes pour la campagne 2026/2027, contre 404 000 tonnes envisagées en août. Cette projection représente un recul de 10,3 % par rapport aux 383 000 tonnes de la campagne précédente, malgré une augmentation d’environ 15 % des superficies en production. Ces prévisions restaient encore citées dans les informations sectorielles publiées début novembre. Blueberries Consulting
Le démarrage de saison pouvait pourtant laisser croire à une nouvelle progression. À la semaine 40, les expéditions cumulées atteignaient 163 500 tonnes, soit 4,5 % de plus qu’un an auparavant. Mais cette avance s’érodait rapidement : elle était encore de 18,7 % deux semaines plus tôt. Le pic hebdomadaire aurait atteint 14 600 tonnes, environ 30 % sous celui de la campagne précédente. International Blueberry Organization
Ces chiffres illustrent une distinction essentielle pour les opérateurs : une campagne précoce peut afficher de bons cumuls tout en annonçant une disponibilité plus faible à venir.
Une offre européenne moins confortable
Les conditions climatiques ont également compliqué la préservation de la qualité. Dans les exploitations évoquées par Masojo, les passages de récolte ont dû être rapprochés afin de limiter la surmaturité et la déshydratation des baies. Parallèlement, la bonne tenue du marché américain a conduit certains opérateurs à y réorienter des fruits initialement destinés à l’Europe, réduisant davantage les disponibilités européennes, selon le témoignage de l’exportateur. freshplaza.com
À l’échelle péruvienne, Proarándanos prévoyait 133 500 tonnes exportées entre les semaines 41 et 53, soit 24,7 % de moins que sur la période correspondante de la campagne précédente. Pour janvier à avril 2027, le recul attendu était plus limité, à 5,3 %, avec 46 600 tonnes. Ces dernières projections demeurent particulièrement sensibles à l’évolution des précipitations. Redagrícola
Le signal est donc plus marqué pour la fin de 2026 que pour l’ensemble de l’hiver. Il ne permet pas, à lui seul, d’annoncer une pénurie durable ni une hausse généralisée des prix.
Le Maroc peut profiter du passage de relais
Pour les producteurs marocains, notre analyse est que les lots précoces pourraient trouver un environnement commercial plus porteur, si le ralentissement péruvien se traduit effectivement par des arrivages moins abondants en Europe.
Les récoltes précoces d’Agadir et de Dakhla permettent déjà au Maroc de se positionner avant la montée des volumes nationaux. Lors du démarrage de la campagne précédente, les représentants professionnels situaient l’entrée plus significative de l’offre marocaine vers fin novembre et début décembre, avec des différences selon les régions et les variétés. Ce calendrier constitue un repère, sans préjuger du déroulement de la campagne actuelle. stories.agronometrics.com
L’opportunité serait d’abord de mieux valoriser les premières disponibilités et de renforcer les programmes avec les importateurs recherchant de la continuité. La proximité des débouchés européens peut aussi soutenir le positionnement marocain lorsque les acheteurs privilégient la réactivité et la fraîcheur.
Cependant, une baisse des expéditions au départ du Pérou ne se répercute pas immédiatement dans les rayons. Les fruits déjà en transit, les stocks disponibles et les engagements commerciaux peuvent prolonger leur présence sur le marché.
Transformer une ouverture en relations durables
Le Maroc dispose désormais d’une base exportatrice importante : le bilan sectoriel publié en fin de campagne 2025/2026 faisait état d’environ 89 236 tonnes de myrtilles fraîches exportées, en progression de 6 % par rapport à la campagne précédente. freshplaza.com
Dans ce contexte, le ralentissement péruvien peut faciliter certaines négociations, mais il ne garantit pas la valorisation de tous les lots marocains. Le calibre, la fermeté, le goût et la régularité des livraisons resteront déterminants.
Pour les exportateurs, l’enjeu consiste à suivre les arrivages européens semaine après semaine et à proposer des volumes réalistes. Une ouverture temporaire peut permettre de gagner de nouveaux programmes ; leur maintien dépendra de la satisfaction des acheteurs lorsque l’offre redeviendra plus abondante.
La campagne péruvienne offre ainsi au Maroc une possibilité de mieux aborder son début de saison. Le bénéfice sera surtout accessible aux opérateurs capables de livrer au bon moment une qualité constante, sans construire leurs prévisions sur une hausse des prix encore incertaine.


