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Glyphosate : l’Union européenne peine à trouver un consensus sur le renouvellement de son autorisation, laissant planer une incertitude majeure sur l’avenir de ce herbicide largement utilisé dans l’agriculture mondiale. Suite à une réunion cruciale le 6 juin, la Commission Européenne a confirmé l’absence d’un accord entre les États membres pour prolonger la licence de commercialisation du glyphosate, un produit dont l’autorisation actuelle expire le 30 juin prochain.
Ce débat animé s’est déroulé au sein du comité permanent des animaux, des aliments et des plantes, comme l’a précisé le porte-parole de l’UE, Alexander Winterstein. Il a souligné avec insistance que la responsabilité incombe désormais aux États membres : « C’est aux États membres maintenant d’assumer leurs responsabilités. Il ne sera pas possible de se cacher derrière la CE », a-t-il martelé, indiquant clairement un transfert de décision.
Les informations émanant de sources communautaires révèlent une division palpable. Malte a explicitement voté contre la proposition d’extension de 18 mois, tandis que sept pays influents – l’Allemagne, la France, l’Italie, la Grèce, l’Autriche, le Portugal et le Luxembourg – se sont abstenus. Cette abstention collective soulève des questions sur la volonté de ces nations de prendre une position claire face aux controverses persistantes entourant le glyphosate.
La Commission Européenne avait initialement envisagé une extension temporaire de l’autorisation du glyphosate. L’objectif était de gagner du temps, le temps que l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) publie son rapport tant attendu. Ce rapport est censé clarifier les doutes, souvent alimentés par des études divergentes, quant à l’impact potentiel du glyphosate sur la santé humaine et l’environnement. L’incertitude règne donc sur l’avenir de cet intrant agricole essentiel pour de nombreux agriculteurs.
Enjeux sanitaires et environnementaux du Glyphosate
La question du renouvellement de l’autorisation du glyphosate est loin d’être une simple affaire administrative. Elle touche au cœur des préoccupations sanitaires et environnementales mondiales. L’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (CIRC), une émanation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a classé le glyphosate comme “cancérogène probable pour l’homme” en 2015. Cette classification a semé l’émoi et renforcé la demande de moratoires ou d’interdictions dans plusieurs pays. Cependant, malgré cet avis préoccupant, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a, dans une conclusion datant de novembre dernier, estimé qu’il n’existait pas de preuves scientifiques suffisantes pour lier le glyphosate au cancer chez l’homme, à condition que des seuils d’exposition stricts soient respectés. Cette divergence d’opinions entre deux organismes de renom alimente le débat et complique la prise de décision politique.
Le porte-parole de l’UE, Vytenis Andriukaitis, commissaire européen pour la santé et la sécurité alimentaire, a rappelé les conséquences d’une absence de renouvellement : « s’il n’y a une extension, les États membres devront retirer les autorisations pour les produits contenant du Glyphosate de leurs marchés ». Une telle décision aurait des répercussions considérables pour le secteur agricole, obligeant les producteurs à chercher des alternatives, potentiellement plus coûteuses et moins efficaces dans l’immédiat.
Pression du marché mondial et défis agronomiques
Le glyphosate n’est pas seulement un enjeu européen ; il est au centre d’une dynamique de marché mondial complexe. Les prix du glyphosate sont soumis à des fluctuations importantes, influencées par la demande des grands pays producteurs et consommateurs de denrées agricoles, comme la Chine, le Brésil et les États-Unis. Les tensions géopolitiques, les politiques commerciales et même les conditions météorologiques peuvent impacter la disponibilité et le coût de cette substance active. Le contexte actuel, marqué par des défis économiques mondiaux et une instabilité des chaînes d’approvisionnement, exacerbe ces tensions. Les producteurs agricoles se retrouvent pris entre le marteau et l’enclume : l’incertitude réglementaire de l’UE d’une part, et la volatilité des prix sur le marché mondial d’autre part.
Les défis agronomiques auxquels sont confrontés les agriculteurs sont également des facteurs clés dans le débat sur le glyphosate. La gestion des adventices, ou “mauvaises herbes”, est une tâche herculéenne, particulièrement dans des contextes de stress hydrique accru ou lorsque les coûts des intrants, tels que les fertilisants et le carburant, s’envolent. L’utilisation de désherbants efficaces comme le glyphosate permet de réduire le besoin de travail du sol, préservant ainsi la structure du sol et limitant l’érosion. Il contribue également à optimiser l’utilisation de l’eau et des nutriments par les cultures, favorisant ainsi des rendements plus stables et plus élevés. L’élimination d’un outil aussi polyvalent soulève des questions sur la faisabilité économique de certaines pratiques agricoles, surtout pour les petites exploitations.
Le dilemme du coût : Prix d’achat vs Prix de vente
La dynamique du “Coût Prix” versus “Prix de Vente” est au cœur des préoccupations économiques des agriculteurs concernant le glyphosate. Le prix d’achat du glyphosate, déjà soumis à une forte volatilité sur le marché mondial, représente une part non négligeable des coûts de production. Les fluctuations observées ces derniers mois, dues à des facteurs de production et de demande, ont rendu la planification budgétaire particulièrement difficile. Certains rapports font état de prix atteignant par exemple 130 à 162 millimes (en référence à un contexte spécifique, ici non détaillé mais représentatif de la sensibilité aux prix dans certaines régions), ce qui peut constituer une charge importante, surtout lorsque les prix de vente des produits agricoles ne suivent pas la même tendance haussière.
Lorsque le prix de vente des céréales, des fruits ou des légumes reste stagnant, voire diminue, face à une augmentation des coûts des intrants comme le glyphosate, la marge de profit des agriculteurs s’amenuise considérablement. Ce déséquilibre pousse à la recherche d’alternatives, mais celles-ci ne sont pas toujours économiquement viables. Le recours à des méthodes de désherbage mécanique, par exemple, est plus gourmand en temps, en carburant et peut avoir un impact différent sur la structure du sol selon les conditions. L’incertitude quant à la disponibilité et au coût futur du glyphosate dans l’UE ajoute une couche supplémentaire de risque pour les exploitations qui dépendent encore largement de cet herbicide pour assurer leur rentabilité.
Les alternatives pour les producteurs
Face à l’incertitude entourant l’avenir du glyphosate, les producteurs agricoles sont contraints d’explorer et de renforcer les stratégies alternatives pour la gestion des adventices. Ces alternatives peuvent être regroupées en plusieurs catégories :
- Méthodes mécaniques : Le désherbage mécanique, par hersage ou binage, reste une option éprouvée. Cependant, son efficacité dépend fortement du type de culture, de la nature des adventices et des conditions météorologiques. Elle demande également une main-d’œuvre plus importante et une consommation accrue de carburant.
- Méthodes culturales : L’amélioration des pratiques culturales joue un rôle crucial. Cela inclut la rotation des cultures pour perturber le cycle de vie des adventices, l’utilisation de couverts végétaux pour concurrencer les mauvaises herbes, et le semis de variétés de cultures plus compétitives.
- Solutions biologiques et agroécologiques : L’utilisation d’agents de lutte biologique, comme certains insectes ou micro-organismes, gagne du terrain. L’agroécologie, qui vise à reproduire les processus naturels, propose une approche holistique pour une gestion durable des adventices.
- Herbicides de substitution : D’autres herbicides, avec des profils toxicologiques et environnementaux différents, sont disponibles. Leur efficacité peut varier, et leur coût peut être plus élevé. La résistance des adventices à ces produits est également une préoccupation.
Ces alternatives, bien que prometteuses, nécessitent souvent des investissements en temps, en formation et en équipement. Il est essentiel que les politiques agricoles soutiennent activement la recherche, le développement et la diffusion de ces solutions durables, afin de permettre une transition réussie pour l’ensemble du secteur. Pour des pays comme la Tunisie, où l’agriculture occupe une place prépondérante, le soutien à des pratiques innovantes est crucial. Le Ministère de l’Agriculture tunisien, par exemple, travaille activement à promouvoir des méthodes qui renforcent la résilience du secteur face aux défis globaux.
Le marché du glyphosate est également surveillé de près par des organisations internationales. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture suit attentivement ces développements, conscients de leur impact sur la sécurité alimentaire mondiale. HortiTecNews, dans ses analyses régulières, souligne l’importance de ces enjeux pour les filières horticoles et maraîchères.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix du glyphosate a-t-il fluctué récemment ?
Les prix du glyphosate sont influencés par plusieurs facteurs : la demande mondiale des principaux pays producteurs, les coûts des matières premières nécessaires à sa fabrication, les tensions géopolitiques affectant les chaînes d’approvisionnement, et les politiques commerciales internationales. Des variations importantes, allant par exemple de 130 à 162 millimes dans certains contextes spécifiques, peuvent être observées.
Quelles sont les principales préoccupations sanitaires liées au glyphosate ?
La principale préoccupation sanitaire, soulevée notamment par l’OMS, concerne le potentiel cancérigène du glyphosate. Cependant, des divergences existent entre les évaluations d’organismes scientifiques, l’EFSA concluant à l’absence de preuves suffisantes de lien avec le cancer dans des conditions d’usage réglementées.
Que se passera-t-il si l’autorisation du glyphosate n’est pas renouvelée dans l’UE ?
Si l’autorisation du glyphosate n’est pas renouvelée, les États membres de l’UE seront contraints de retirer les autorisations de mise sur le marché des produits qui en contiennent. Cela obligera les agriculteurs à trouver et à adopter des alternatives pour le désherbage.
Les alternatives au glyphosate sont-elles aussi efficaces et économiques ?
L’efficacité et l’économie des alternatives varient considérablement. Certaines méthodes, comme le désherbage mécanique, peuvent être plus coûteuses en main-d’œuvre et en carburant. D’autres approches, comme les couverts végétaux ou la rotation des cultures, demandent une planification et une gestion différentes. La transition vers ces alternatives nécessite souvent des investissements et une adaptation des pratiques agricoles.




