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Les eaux usées, souvent considérées comme un déchet, représentent en réalité une ressource précieuse et sous-exploitée pour l’agriculture moderne, particulièrement dans les régions confrontées à la raréfaction de l’eau. L’accord de cofinancement suisse pour le programme AGIRE au Maroc, doté de 1,2 million d’euros, illustre l’importance croissante accordée à la gestion intégrée de ces ressources hydriques. Cet investissement significatif met en lumière la nécessité d’optimiser le traitement et la réutilisation des eaux usées pour soutenir les pratiques agricoles face aux défis climatiques et économiques. Le programme AGIRE, initié en 2008 entre le Maroc et l’Allemagne, vise à renforcer la gestion durable de l’eau, et l’apport suisse, à travers la Coopération internationale suisse (DDC) et la Coopération internationale technique allemande (GIZ), complète et amplifie ces efforts. Cet engagement renouvelé démontre une vision à long terme pour sécuriser les approvisionnements en eau, essentiels à la productivité agricole.
La réutilisation des eaux usées : un pilier de la gestion des ressources hydriques
Le programme AGIRE se concentre sur des actions concrètes pour maximiser l’utilisation des ressources en eau disponibles. Parmi celles-ci, la réutilisation des eaux usées traitées de trois stations d’épuration (STEP) situées à Tiznit, Ouarzazate et Drarga est une initiative phare. Cette démarche permet de détourner ces effluents de leur rejet direct dans l’environnement, où ils pourraient causer de la pollution, pour les transformer en une source d’irrigation pour les cultures. Le traitement des eaux usées est une étape cruciale pour garantir leur innocuité et leur potentiel agronomique. L’accord signé renforce également le soutien à la mise en œuvre du contrat de la nappe de Chtouka, une zone où la surexploitation des ressources souterraines est une préoccupation majeure. De plus, un appui technique est apporté à l’agence du bassin hydraulique de Souss-Massa-Drâa, renforçant ainsi les capacités locales de gestion intégrée des ressources en eau. Ce second cofinancement suisse, succédant à une première contribution de 705 000 euros pour la période 2012-2014, témoigne de la continuité et de l’approfondissement de l’engagement helvétique dans la promotion de pratiques durables au Maroc. L’importance des eaux usées traitées dans le paysage agricole mondial ne cesse de croître, poussée par une demande accrue en eau et des contraintes budgétaires.
Le marché mondial des eaux usées traitées pour l’irrigation est en pleine expansion. Cette tendance est alimentée par plusieurs facteurs interconnectés : la pression démographique qui accroît la demande en eau douce, les effets du changement climatique qui exacerbent la sécheresse dans de nombreuses régions, et la nécessité pour les États et les agriculteurs de trouver des solutions économiques et écologiques pour maintenir, voire augmenter, la production alimentaire. Les Nations Unies, à travers des organisations comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, soulignent l’importance de ces pratiques pour la sécurité alimentaire. Dans ce contexte, la valorisation des eaux usées devient une stratégie incontournable. Le Maroc, avec des ressources en eau limitées et une agriculture qui représente une part importante de son économie, est particulièrement sensible à ces enjeux. Les investissements dans les infrastructures de traitement et de distribution des eaux usées ne sont donc pas seulement des mesures environnementales, mais aussi des investissements stratégiques pour l’avenir de son agriculture.
Les défis agronomiques et économiques liés aux eaux usées
L’utilisation des eaux usées en agriculture, bien que bénéfique, présente des défis agronomiques spécifiques. Les agriculteurs sont confrontés à un stress hydrique croissant, exacerbé par la variabilité des précipitations et la concurrence pour l’accès à l’eau. Le coût des intrants agricoles, tels que les engrais et l’énergie pour le pompage de l’eau, augmente également, pesant sur la rentabilité des exploitations. La réutilisation des eaux usées peut atténuer ces problèmes en fournissant une source d’eau alternative, souvent moins coûteuse que l’eau potable ou l’eau issue de forages. Cependant, il est crucial que ces eaux soient traitées adéquatement pour éliminer les contaminants potentiels qui pourraient nuire à la qualité des sols, à la santé des cultures, et par extension, à la santé humaine. L’expertise technique fournie dans le cadre du programme AGIRE est donc essentielle pour assurer une mise en œuvre sûre et efficace de ces pratiques.
Sur le plan économique, la dynamique entre le “coût de production” et le “prix de vente” des eaux usées traitées est un facteur déterminant pour leur adoption généralisée. Le coût de production inclut l’investissement dans les stations d’épuration, leur maintenance, les réseaux de distribution, ainsi que les coûts énergétiques et opérationnels. Le prix de vente, quant à lui, doit être suffisamment attractif pour les agriculteurs afin de justifier leur passage à cette nouvelle source d’eau. Idéalement, le prix de vente devrait être inférieur à celui de l’eau conventionnelle, tout en couvrant raisonnablement les coûts de traitement et de distribution. Cette équation économique est complexe et dépend de nombreux facteurs, tels que le niveau de traitement atteint, la distance entre la station d’épuration et les terres agricoles, et la demande du marché. Les programmes comme AGIRE jouent un rôle crucial en subventionnant une partie de ces coûts, rendant ainsi la réutilisation des eaux usées économiquement viable pour les agriculteurs, surtout pour des cultures qui nécessitent un arrosage important.
Les alternatives pour les producteurs
Face aux contraintes hydriques et aux coûts croissants, les producteurs explorent diverses stratégies. Au-delà de la réutilisation des eaux usées, cela inclut l’adoption de techniques d’irrigation plus économes en eau, comme le goutte-à-goutte, l’utilisation de variétés de cultures plus résistantes à la sécheresse, et la diversification vers des cultures à plus faible demande hydrique. L’innovation technologique, telle que les systèmes de gestion intelligente de l’eau basés sur des capteurs et des données météorologiques, offre également des pistes pour optimiser l’utilisation de toutes les ressources en eau disponibles, y compris les eaux usées.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi la gestion des eaux usées est-elle devenue si cruciale ?
La raréfaction des ressources en eau douce, couplée à une demande croissante pour l’agriculture et la consommation humaine, rend indispensable l’exploitation de toutes les sources d’eau disponibles, y compris les eaux usées traitées, pour assurer la sécurité hydrique et alimentaire.
Quels sont les risques associés à l’utilisation des eaux usées non traitées ?
L’utilisation d’eaux usées non traitées peut entraîner la propagation de maladies d’origine hydrique, la contamination des sols par des pathogènes et des polluants chimiques, ainsi que la dégradation de la qualité des cultures et des produits agricoles.
Pourquoi le prix de la réutilisation des eaux usées peut-il varier ?
Le prix de vente des eaux usées traitées dépend du coût de leur traitement (niveau de purification requis), des infrastructures de transport jusqu’aux sites d’irrigation, des coûts énergétiques, et des politiques de tarification mises en place par les autorités compétentes.
Comment le programme AGIRE contribue-t-il à une meilleure gestion des eaux usées ?
Le programme AGIRE soutient techniquement et financièrement des projets visant à améliorer le traitement et la réutilisation des eaux usées, à renforcer les capacités des agences de gestion de l’eau, et à promouvoir une approche intégrée de la gestion des ressources hydriques.
Quelles sont les perspectives d’avenir pour la réutilisation des eaux usées en agriculture ?
L’avenir de la réutilisation des eaux usées en agriculture est prometteur, soutenu par des avancées technologiques dans le traitement de l’eau, une sensibilisation accrue aux enjeux de l’eau, et des politiques incitatives. Des pays comme la Tunisie, via son Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, explorent également activement ces pistes pour sécuriser leur approvisionnement en eau agricole. Le développement de partenariats internationaux et l’investissement dans des infrastructures adéquates seront essentiels pour réaliser pleinement ce potentiel.
HortiTecNews suit attentivement ces développements qui façonnent l’avenir de l’agriculture durable.




