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Les figues de barbarie, autrefois accessibles à tous les budgets et symbole incontournable des étés marocains, sont devenues ces dernières années un fruit de luxe. Dans les marchés, l’unité se vend désormais entre 3 et 6 dirhams, et dans certaines grandes surfaces, elle peut atteindre 15 dirhams. Une hausse vertigineuse, difficile à accepter pour les consommateurs qui avaient l’habitude de se procurer ce fruit à 0,50 ou 1 dirham seulement.
Derrière cette flambée se cache une crise agricole silencieuse qui a transformé toute une filière : l’invasion de la cochenille du cactus. Selon plusieurs rapports du ministère de l’Agriculture, relayés notamment par Le Site info, cet insecte ravageur est apparu il y a près d’une décennie, détruisant les plantations de cactus dans plusieurs régions du pays. La cochenille se présente sous forme de petites masses blanches fixées sur les raquettes du cactus, s’alimente de sa sève et finit par provoquer son dépérissement. En cas de forte infestation, la plante entière meurt.
Dans les zones rurales productrices – notamment dans le centre et le sud du Maroc – des milliers d’hectares ont été décimés. Les vendeurs confirment qu’ils n’arrivent plus à s’approvisionner comme auparavant : « Ce fruit tellement prisé ne connaît plus le même succès, non pas parce qu’il a changé, mais parce que beaucoup ne peuvent plus se le permettre », explique un marchand. Avec une production très faible, la loi du marché a poussé les prix vers le haut, au détriment des ménages modestes.
Une filière presque perdue… avant un spectaculaire retour
Ce qui semblait être une fin pour la figue de barbarie marocaine a débouché sur un tournant majeur : l’introduction de variétés résistantes à la cochenille. Selon le média spécialisé Fresh Plaza, le Maroc a perdu plus de 140 000 hectares de plantations depuis 2014. Cependant, grâce à des programmes de recherche, au travail des agriculteurs et au soutien sanitaire des autorités, de nouvelles plantations commerciales ont vu le jour.
Ces variétés ne se contentent pas de résister au parasite : les fruits sont plus gros, de meilleure qualité et nécessitent moins d’eau, ce qui en fait un atout dans un pays soumis à un stress hydrique croissant. Des producteurs témoignent que « l’adaptation au sol marocain a été rapide, avec un comportement optimal du fruit ». Résultat : la filière, qui semblait condamnée, est en train de reprendre vie.
Une demande mondiale en forte croissance
Avec la chute de la production marocaine, la demande internationale n’a pas cessé d’augmenter. La figue de barbarie est utilisée non seulement pour la consommation en frais, mais aussi dans l’industrie alimentaire (jus, confitures, vinaigres) et dans la cosmétique, grâce à la fameuse huile extraite des pépins.
Les exportations marocaines commencent à reprendre, notamment vers l’Espagne où des tests commerciaux ont été effectués avec succès. Les opérateurs espèrent retrouver le positionnement international du Maroc, autrefois considéré comme l’un des acteurs les plus importants du bassin méditerranéen aux côtés du Mexique et de la Tunisie. L’avantage des nouvelles plantations est aussi la prolongation de la période de récolte : autrefois limitée à l’été, elle s’étend désormais d’avril à septembre, et la filière vise une disponibilité presque annuelle.
Pour donner une idée du potentiel économique, des estimations publiées par Mordor Intelligence évaluent la valeur du marché mondial de la figue de barbarie à 1,2 milliard de dollars en 2024, avec une projection à environ 2,35 milliards dans les 5 à 10 prochaines années.
Un espoir pour le marché local et les zones rurales
Si la flambée des prix a privé une partie des consommateurs d’un fruit longtemps populaire, la reconstruction de la filière pourrait changer la donne. Avec plus de plantations résistantes, une production plus stable, et des perspectives d’exportation, les prix pourraient progressivement se stabiliser sur le marché intérieur.
Au-delà de l’économie, cette renaissance offre de nouvelles opportunités pour le développement rural, l’emploi local et la valorisation des produits dérivés. Plusieurs programmes agricoles misent désormais sur ce fruit comme ressource durable, à faible consommation d’eau et adaptée au climat marocain.
De la crise à la renaissance
La figue de barbarie au Maroc a connu une décennie noire, ravagée par la cochenille. Mais grâce à la science, à l’innovation agronomique et à l’investissement dans de nouvelles variétés, le pays est en train de transformer une crise agricole majeure en opportunité économique. Si la production continue de se renforcer, la figue de barbarie pourrait redevenir un fruit populaire au Maroc, tout en retrouvant sa place sur les marchés internationaux.




