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La saison dernière, la découverte de la cératite dans des lots de clémentines destinées au marché russe a déclenché une réaction ferme de la part des autorités phytosanitaires de la Fédération de Russie. Ces dernières ont exigé une traçabilité complète des marchandises jusqu’aux parcelles de production, ainsi qu’une géolocalisation précise de celles-ci. L’objectif était d’exclure ces parcelles identifiées comme sources potentielles de contamination pour la campagne suivante (2014/2015). Cette exigence soulève cependant des questions pratiques, notamment étant donné que la cératite est un insecte volant, rendant la limitation géographique complexe.
Pour les autres parcelles non directement incriminées, un accord a été conclu entre les services phytosanitaires russes et leurs homologues marocains, représentés par l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA). Ce protocole, signé par l’ONSSA, a été ensuite imposé à l’ensemble des exportateurs. Néanmoins, certains producteurs ont jugé ce protocole excessivement contraignant et ont exprimé des réserves quant à l’acceptation intégrale de celui-ci par l’ONSSA.
Le Protocole de Lutte contre la Cératite : Exigences et Réalités Agricoles
Le nouveau cadre réglementaire met l’accent sur deux volets essentiels : le suivi rigoureux de l’infestation et l’implémentation de mesures de lutte ciblées. Ces exigences, bien que visant à garantir la sécurité sanitaire des produits exportés, imposent une charge supplémentaire aux producteurs d’agrumes.
Le Monitoring : Une Surveillance Accrue et Coûteuse
Le volet monitoring du protocole impose une surveillance quasi quotidienne des vergers. Il est requis d’installer, en moyenne, un piège par deux hectares de culture. Ces pièges doivent être inspectés quotidiennement pour détecter la présence de la cératite. En parallèle, des observations visuelles ciblées sur des arbres spécifiques sont nécessaires pour identifier les éventuelles piqûres de cet insecte ravageur sur les fruits.
La Lutte : Stratégies et Dépendance aux Solutions Commerciales
Le protocole prévoit plusieurs stratégies de lutte, dont le piégeage de masse constitue une composante clé. Les producteurs disposent de deux options principales pour le piégeage :
- Pièges commerciaux : Ces pièges, disponibles sur le marché et intégrant des attractifs et des insecticides, sont reconnus pour leur efficacité. Des exemples comme Flycap (40 pièges/ha), Ceratrap (100 pièges/ha), et M3 (400 pièges/ha) sont mentionnés. Cependant, la majorité des producteurs les jugent coûteux, ce qui limite leur adoption généralisée.
- Pièges artisanaux : Une alternative plus économique consiste à fabriquer des pièges localement, souvent à base de bouchons de paille (prévoir 140 à 150 pièges par hectare). Ces pièges doivent être régulièrement imbibés d’insecticide et d’attractif. Cette solution est privilégiée par de nombreux agrumiculteurs, d’autant plus que les subventions promises pour l’achat de pièges commerciaux ont connu des retards significatifs.
Le seuil d’intervention est fixé de manière stricte : 0,5 mouche femelle par piège ou 1 mouche mâle par piège. Ce seuil bas implique une intervention hebdomadaire au minimum. La présence prolongée de variétés comme le “Maroc Late” sur les arbres, qui n’ont pas été exportées la campagne précédente, complique davantage la gestion de l’infestation, car elles peuvent servir de réservoir pour l’insecte.

Un Coût de Lutte Exorbitant
L’ensemble des mesures imposées par ce protocole entraîne une augmentation considérable des coûts de production. Le monitoring jugé excessif par les producteurs, le piégeage de masse intensif, les seuils d’intervention bas, et la tenue rigoureuse de registres de suivi, qui seront inspectés par les agents de l’ONSSA, font grimper les dépenses. Dans certains cas, le coût de lutte contre la cératite atteint 3 000 dirhams par hectare, contre seulement 500 dirhams par hectare et par cycle lors des campagnes précédentes. Cette hausse significative des charges pèse lourdement sur la rentabilité des exploitations.
L’espoir réside désormais dans la capacité des marchés russes et autres à absorber ces coûts supplémentaires, potentiellement par le biais de commandes plus importantes et de prix de vente plus élevés. L’embargo russe sur les fruits et légumes européens, annoncé précédemment, crée un contexte incertain mais peut également ouvrir de nouvelles opportunités pour les producteurs marocains, s’ils parviennent à satisfaire les exigences sanitaires strictes des marchés visés.
Perspectives et Défis pour la Filière Agrumes
La gestion de la cératite représente un défi majeur pour la filière agrumicole marocaine. Les exigences de traçabilité et de contrôle phytosanitaire, bien que légitimes pour garantir l’accès aux marchés d’exportation, nécessitent des investissements importants en termes de suivi, de lutte et de documentation. La collaboration étroite entre les producteurs, l’ONSSA et les autorités russes est essentielle pour trouver un équilibre entre les exigences sanitaires et la viabilité économique des exploitations.
Il est crucial de noter que la lutte contre les parasites évolue constamment. Des recherches et des développements dans les méthodes de lutte intégrée et biologique pourraient offrir des alternatives plus durables et moins coûteuses à l’avenir. Les producteurs sont encouragés à se tenir informés des dernières avancées et à explorer toutes les avenues possibles pour optimiser la gestion de la cératite et garantir la compétitivité de leurs produits sur les marchés internationaux.
Pour en savoir plus sur les enjeux phytosanitaires et les réglementations internationales, consulter les ressources de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou les publications de l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA).




