
L’arganeraie marocaine se dégrade en silence : la sécheresse n’est pas la seule responsable
31 August 2026
Le marché européen du poivron aborde le mois de septembre dans une configuration inhabituelle. La baisse de production aux Pays-Bas et en Belgique, combinée au retard de la nouvelle campagne d’Almería, entraîne une tension sur l’offre et une hausse des prix. Une situation qui pourrait créer une fenêtre commerciale particulièrement intéressante pour les exportateurs marocains capables de disposer de volumes précoces.
Le marché européen des légumes sous serre connaît un début de mois de septembre particulièrement tendu. Aux Pays-Bas et en Belgique, les températures élevées enregistrées durant l’été ont pesé sur la production, réduisant les volumes disponibles à une période où ces deux origines jouent normalement encore un rôle important dans l’approvisionnement du marché européen.
Cette diminution de l’offre du nord de l’Europe reporte naturellement une partie de la demande vers l’Espagne. Mais le problème est que la nouvelle campagne espagnole, notamment à Almería, n’est pas encore en mesure de prendre pleinement le relais.
Selon José Antonio Baños, président de la coopérative Ejidomar à El Ejido, cité par FreshPlaza, les volumes disponibles restent actuellement très limités et les prix progressent. Le poivron jaune court dépasse notamment les 3 euros/kg aux enchères en raison du manque de marchandise.
Les volumes significatifs d’Almería ne devraient commencer à arriver qu’en octobre, tandis qu’une offre réellement abondante n’est pas attendue avant novembre.
Un trou d’offre entre deux campagnes
Cette situation crée ce que les opérateurs redoutent – ou recherchent – régulièrement sur le marché des légumes : un décalage entre la fin d’une origine et la montée en puissance de la suivante.
Cette année, plusieurs facteurs semblent se cumuler.
La production estivale des Pays-Bas et de Belgique a souffert des fortes températures. En Espagne, la chaleur a également retardé les cultures. Parallèlement, certains producteurs d’Almería ont volontairement décalé leurs plantations de poivron afin de limiter les risques liés notamment à Thrips parvispinus.
La pression de ce ravageur est loin d’être anecdotique. Fin août, les autorités agricoles andalouses indiquaient déjà détecter sa présence dans l’ensemble des principales zones de production de poivron d’Almería. Des mesures phytosanitaires obligatoires et des protocoles spécifiques de lutte biologique ont été mis en place.
Les conséquences de la campagne précédente pèsent également sur les décisions des producteurs. Certains agriculteurs devraient réduire leurs superficies en poivron durant la campagne 2026/2027 au profit du concombre, de la courgette ou de l’aubergine.
Le résultat pourrait être une offre insuffisante pour satisfaire la demande européenne durant septembre et probablement une partie d’octobre.
Le Maroc dispose d’une carte importante à jouer
Pour le Maroc, cette situation mérite une attention particulière.
Le Royaume est devenu en quelques années l’un des acteurs majeurs du commerce international du poivron. En 2025, les exportations marocaines auraient atteint 213,56 millions de kg, contre environ 110 millions dix ans auparavant, soit une progression proche de 93 %.
Le Maroc représente désormais environ 5,25 % des exportations mondiales de poivrons, selon les données compilées par Hortoinfo à partir de COMTRADE.
Cette progression est particulièrement visible sur le marché espagnol.
Durant le premier semestre 2026, l’Espagne a importé 83,34 millions de kg de poivrons. Le Maroc en a fourni 79,01 millions, soit près de 95 % des volumes importés par l’Espagne.
La valeur des achats espagnols auprès du Maroc a atteint environ 116,3 millions d’euros, pour un prix moyen déclaré de 1,47 €/kg.
La progression sur longue période est tout aussi significative : les volumes marocains expédiés vers l’Espagne durant le premier semestre ont augmenté de plus de 134 % par rapport à 2017.
L’Espagne est devenue fortement dépendante du poivron marocain importé
Cette tendance dépasse d’ailleurs les seuls chiffres du premier semestre.
Sur l’ensemble de l’année 2025, l’Espagne avait importé environ 119,3 millions de kg de poivrons, dont 109,2 millions provenant du Maroc.
Autrement dit, plus de 91 % des poivrons importés par l’Espagne provenaient déjà du Maroc.
En quinze ans, les achats espagnols de poivrons marocains ont été multipliés par près de six.
Cette évolution montre que le Maroc ne joue plus seulement le rôle d’origine complémentaire en hiver. Il est progressivement devenu un élément structurel de l’approvisionnement espagnol et, indirectement, européen.
Mais septembre reste le point faible de l’offre marocaine
Il existe cependant une difficulté majeure.
La fenêtre commerciale qui apparaît actuellement en Europe intervient précisément durant une période où le Maroc dispose traditionnellement de peu de volumes.
Lors de la campagne 2024/2025, le pays avait exporté environ 189.200 tonnes de poivrons doux, pour quelque 240 millions de dollars de recettes, établissant alors un nouveau record.
Les exportations marocaines sont généralement concentrées entre décembre et avril. À partir de juin, les volumes diminuent fortement sous l’effet des températures élevées sur les rendements et la qualité.
Septembre constitue traditionnellement l’un des points les plus bas de la campagne marocaine.
C’est là que se trouve probablement l’enjeu pour les producteurs marocains.
Si certaines exploitations parviennent, grâce au choix variétal, aux dates de plantation, à la conduite climatique des serres et à une bonne maîtrise sanitaire, à avancer leurs premiers volumes commercialisables, la période comprise entre septembre et la montée en puissance d’Almería pourrait devenir une fenêtre particulièrement attractive.
Une opportunité qui pourrait également concerner octobre
La fenêtre ne devrait pas nécessairement se refermer avec l’arrivée des premiers poivrons espagnols.
Les zones précoces d’Almería, notamment Dalías et Berja, disposent déjà de certaines quantités, mais les professionnels espagnols ne prévoient des volumes véritablement significatifs qu’à partir d’octobre.
Une offre abondante à l’échelle d’Almería ne serait pas attendue avant novembre.
Le Maroc pourrait donc disposer de plusieurs semaines durant lesquelles la demande européenne restera soutenue, particulièrement si la production néerlandaise et belge ne retrouve pas rapidement ses niveaux habituels.
La situation doit néanmoins être suivie avec prudence : des prix élevés en début de campagne peuvent rapidement attirer davantage de volumes et provoquer un retournement du marché lorsque plusieurs origines arrivent simultanément.
Le poivron marocain gagne aussi du terrain sur d’autres marchés
La dynamique marocaine ne se limite d’ailleurs plus à l’Espagne.
Le Royaume renforce progressivement ses positions en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Sur ce dernier marché, les exportations marocaines de poivrons doux ont atteint environ 8.100 tonnes en 2025, soit plus du double du volume enregistré un an auparavant.
L’Espagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas absorbent ensemble l’essentiel des exportations marocaines, mais la diversification des destinations progresse.
Cette évolution est importante : elle permet progressivement aux exportateurs marocains de ne plus dépendre uniquement des marchés traditionnels et d’exploiter les déficits ponctuels apparaissant dans différentes régions européennes.
Septembre-octobre, une fenêtre à surveiller de très près
Le marché européen du poivron semble donc entrer dans quelques semaines particulièrement intéressantes.
Les Pays-Bas et la Belgique disposent de moins de marchandise que prévu, Almería démarre tardivement, les superficies espagnoles pourraient reculer et Thrips parvispinus continue de compliquer la production.
Face à cette configuration, le Maroc dispose d’un avantage géographique évident et d’une filière exportatrice désormais solidement installée sur le marché européen.
Mais pour réellement profiter de cette fenêtre, encore faut-il disposer de production au bon moment.
Pour les producteurs marocains, la question pourrait donc dépasser la campagne actuelle : la possibilité de produire davantage de poivrons de qualité durant septembre et le début d’octobre mérite probablement d’être étudiée comme une véritable stratégie de positionnement commercial.
Car sur le marché européen des légumes, quelques semaines de décalage entre deux grandes origines peuvent parfois faire toute la différence.
Sources
FreshPlaza – situation du marché européen du poivron et perspectives septembre-octobre 2026 ; Junta de Andalucía / RAIF – situation de Thrips parvispinus à Almería ; Hortoinfo – statistiques ESTACOM et COMTRADE sur le commerce espagnol, marocain et néerlandais du poivron ; EastFruit – évolution des exportations marocaines de poivrons doux.




