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15 August 2026
Le Maroc poursuit sa progression sur les marchés européens des fruits rouges. Durant la campagne commerciale 2025/2026, il est devenu le premier fournisseur de la Norvège en framboises et mûres fraîches, représentant pour la première fois plus de la moitié des importations norvégiennes de cette catégorie.
Entre juillet 2025 et juin 2026, la Norvège a importé 707 tonnes de framboises, mûres et fruits apparentés en provenance du Maroc, pour une valeur supérieure à 9,3 millions d’euros. Les volumes marocains progressent ainsi de 22 % en un an, alors même que les importations norvégiennes totales de ces fruits ont reculé sur la même période.
Cette évolution permet au Maroc de dépasser nettement le Portugal, jusqu’ici son principal concurrent sur ce marché. Les expéditions portugaises ont diminué d’environ 27 % durant la campagne 2025/2026. À la clôture de la saison, le Maroc avait livré environ 215 tonnes de plus que le Portugal. Les Pays-Bas, l’Espagne, le Mexique et la Pologne complètent les approvisionnements norvégiens, mais avec des volumes beaucoup plus limités.
Le mois de mai fait la différence
La progression marocaine ne s’explique toutefois pas uniquement par le recul de la concurrence. Elle repose également sur un positionnement particulièrement favorable dans le calendrier de production.
La période d’exportation marocaine vers la Norvège s’étend principalement d’octobre à mai, c’est-à-dire pendant les mois où la production locale norvégienne est faible ou inexistante. Le Maroc bénéficie ainsi d’une fenêtre commerciale complémentaire de la production nordique.
Le mois de mai 2026 illustre particulièrement bien cet avantage. Les importations norvégiennes provenant du Maroc ont atteint 216 tonnes en un seul mois, soit plus du double du volume enregistré en mai 2025.
Ce mois constitue une période stratégique : les disponibilités hivernales européennes commencent à diminuer alors que la production norvégienne n’a pas encore véritablement démarré. Les opérateurs marocains ont donc réussi à occuper une fenêtre de marché particulièrement intéressante.
Une progression qui ne se limite pas à la Norvège
Si le marché norvégien demeure relativement limité en volume, son évolution confirme une tendance beaucoup plus large.
Au cours de la campagne 2024/2025, le Maroc avait déjà exporté environ 64 400 tonnes de framboises fraîches, générant près de 487 millions de dollars de recettes, soit une progression de 13,8 % par rapport à la campagne précédente. Il s’agissait alors d’un nouveau record pour la filière.
Le Royaume-Uni constitue de loin le premier débouché, absorbant plus de 30 % des volumes marocains. Il est suivi notamment par l’Espagne, les Pays-Bas, l’Allemagne et la France. Ces cinq marchés représentaient ensemble plus de 94 % des exportations marocaines de framboises fraîches durant la campagne 2024/2025.
La diversification géographique progresse néanmoins. Les exportations vers les marchés secondaires avaient atteint environ 3 500 tonnes en 2024/2025, soit une hausse de 60 % en un an. Les framboises marocaines étaient alors commercialisées dans 26 pays, avec une présence croissante notamment en Belgique, en Autriche, en Suisse et dans plusieurs pays du Moyen-Orient.
Le développement ne concerne d’ailleurs plus uniquement le marché du frais. En 2025, les Pays-Bas ont importé environ 1 000 tonnes de framboises surgelées marocaines, soit 50 % de plus qu’en 2024 et quatre fois davantage qu’en 2023. Les Pays-Bas jouent un rôle important de plateforme de redistribution des fruits surgelés vers les autres marchés européens.
Une donnée douanière à interpréter avec prudence
Il convient cependant de préciser que les statistiques concernant la Norvège ne distinguent pas exclusivement la framboise.
La nomenclature douanière utilisée pour ces échanges regroupe sous le même code les framboises, mûres, mûres de mûrier et mûres de Logan fraîches. Les 707 tonnes annoncées ne peuvent donc pas être attribuées intégralement à la seule framboise, même si celle-ci représente une composante majeure du commerce marocain de fruits rouges.
Les statistiques internationales disponibles pour l’année civile 2024 permettent également de mesurer la progression récente : la Norvège avait alors importé environ 592 tonnes de cette catégorie depuis le Maroc, contre 569 tonnes depuis le Portugal. Le marché total représentait environ 1 342 tonnes.
La valeur du marché est plus importante que son volume
Avec seulement quelques centaines de tonnes, la Norvège reste marginale comparée aux grands débouchés européens du Maroc. Mais l’intérêt de cette évolution se situe ailleurs.
Le prix moyen apparent des importations marocaines sur la campagne 2025/2026 dépasse 13 euros/kg, en divisant les 9,3 millions d’euros annoncés par les 707 tonnes importées. Ce chiffre correspond à une valeur douanière moyenne et non au prix payé au producteur, mais il montre néanmoins que la Norvège appartient aux marchés capables de valoriser fortement les petits fruits frais.
Pour les exportateurs marocains, l’enjeu consiste donc moins à rechercher des volumes comparables à ceux du Royaume-Uni, de l’Espagne ou des Pays-Bas qu’à multiplier les débouchés capables d’absorber des fruits de qualité à des périodes où l’offre européenne est plus limitée.
La Norvège illustre parfaitement cette stratégie : un marché réduit, mais à fort pouvoir d’achat, particulièrement dépendant des importations en dehors de sa courte saison locale.
Conserver cette position sera le prochain défi
La première place marocaine n’est cependant pas définitivement acquise. La campagne 2025/2026 a bénéficié simultanément d’une forte progression des expéditions marocaines en mai et d’un recul marqué du Portugal.
Pour confirmer durablement cette position, les exportateurs devront notamment maintenir leur compétitivité pendant décembre et janvier, période importante pour les importations norvégiennes, puis reproduire les volumes exceptionnels observés en mai 2026.
Au-delà des 707 tonnes exportées, la véritable information est donc la capacité croissante du Maroc à occuper différentes fenêtres commerciales européennes.
Après avoir consolidé ses positions sur les grands marchés britannique, espagnol, néerlandais, allemand et français, la filière marocaine des fruits rouges commence également à renforcer sa présence sur des marchés plus petits mais fortement valorisés.
La progression enregistrée en Norvège confirme ainsi une évolution plus profonde : la framboise marocaine n’est plus seulement une production destinée à quelques grands débouchés européens, mais devient progressivement un produit d’exportation capable de se positionner sur une géographie de marchés de plus en plus large.




