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Tunisie : L’érosion des terres fertiles, une menace alarmante pour l’agriculture
La Tunisie, pays aux traditions agricoles séculaires, est confrontée à un défi majeur : la perte continue de ses terres fertiles. Chaque année, près de 20 000 hectares de terres arables disparaissent, un chiffre alarmant qui pèse lourdement sur l’avenir du secteur agricole national. Cette dégradation des sols, aux causes multiples, constitue une véritable urgence à laquelle le monde agricole, les pouvoirs publics et les acteurs économiques doivent impérativement apporter des réponses concrètes.
Selon Omar Mtimet, expert reconnu en ressources naturelles, cette hécatombe foncière est le résultat d’une combinaison de facteurs dévastateurs. L’érosion, phénomène naturel exacerbé par les pratiques agricoles non durables et les aléas climatiques, est l’une des principales coupables. Près de 1,5 million d’hectares, concentrés notamment dans les régions du nord-ouest du pays, sont particulièrement menacés par ce phénomène insidieux. À cela s’ajoutent l’expansion urbaine galopante, qui grignote inexorablement les surfaces cultivables au profit de constructions et d’infrastructures, ainsi que la salinisation des sols, souvent due à une irrigation inappropriée et à la remontée de nappes phréatiques chargées en sel, et le désherbage intensif qui peut appauvrir la structure du sol.
Les appels à la mobilisation et les stratégies passées
Face à cette situation critique, M. Mtimet n’hésite pas à lancer un appel à la sensibilisation des agriculteurs. Il insiste sur la nécessité d’une adhésion forte aux actions participatives visant à contrer la dégradation des terres. L’adoption d’engrais organiques pour enrichir le sol, l’intensification des activités d’élevage qui fournissent du fumier, et l’aménagement de lacs collinaires pour une meilleure gestion de l’eau et la lutte contre l’érosion sont autant de pistes à explorer et à généraliser. Ces pratiques, souvent ancestrales, retrouvent aujourd’hui toute leur pertinence face aux défis contemporains.
L’expert rappelle également que la Tunisie a déjà tenté de relever ce défi. La stratégie nationale pour la préservation des eaux et du sol, mise en œuvre sur deux décennies (1990-2000 et 2001-2011) et qui a nécessité un investissement colossal d’environ 1 200 millions de dinars, a certes produit des “résultats probants”. Cependant, M. Mtimet souligne avec justesse qu’il est impératif que ces actions persistent et soient renforcées pour garantir une protection durable des sols. L’héritage de cette stratégie doit être capitalisé et adapté aux enjeux actuels.
Un problème global aux conséquences locales désastreuses
Il est crucial de replacer le problème tunisien dans un contexte mondial. L’expert rappelle qu’à l’échelle planétaire, 24% des terres agricoles sont menacées d’érosion. Cette constatation universelle souligne l’urgence d’une action concertée et globale. La dégradation des sols n’est pas un problème à prendre à la légère : retrouver la fertilité d’un sol endommagé est un processus extrêmement long, qui peut nécessiter des centaines d’années. C’est un capital naturel irremplaçable qui est mis en péril.
Les conséquences de la perte de terres fertiles pour la Tunisie sont multiples et touchent directement l’économie, la sécurité alimentaire et le tissu social. La diminution des surfaces cultivables entraîne une baisse de la production agricole, affectant ainsi les revenus des agriculteurs et la disponibilité des produits sur le marché intérieur. Cela peut également avoir un impact sur les exportations, un secteur clé pour l’économie tunisienne. De plus, la dégradation des sols peut exacerber les phénomènes de désertification et fragiliser davantage les populations rurales.
Vers une agriculture durable : les pistes d’avenir
Pour inverser cette tendance inquiétante, une approche globale et multidimensionnelle est nécessaire. Les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer en renforçant le cadre législatif et réglementaire, en encourageant les pratiques agricoles durables par des incitations financières et techniques, et en investissant dans la recherche et le développement pour trouver des solutions innovantes. Des institutions comme le Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et l’Office National de la Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA) sont des acteurs clés dans cette démarche.
L’implication du secteur privé est également indispensable. Les entreprises agroalimentaires, les exportateurs et les importateurs ont tout intérêt à soutenir une agriculture tunisienne résiliente et productive. Ils peuvent jouer un rôle moteur dans la promotion de chaînes d’approvisionnement durables, en soutenant les agriculteurs dans l’adoption de méthodes respectueuses de l’environnement et en garantissant des débouchés commerciaux pour les productions durables.
Enfin, il est primordial de continuer à informer et à former les agriculteurs, qui sont les premiers gardiens de ces terres. Les initiatives telles que celles menées par la Fondation Temimi, bien que ciblées, démontrent l’importance de la transmission du savoir et de la sensibilisation aux enjeux de la préservation des sols. Des plateformes d’échange et de partage d’expériences, comme celles que propose HortiTecNews, sont essentielles pour diffuser les bonnes pratiques et stimuler l’innovation.
La lutte contre la perte des terres fertiles est un combat de longue haleine, mais c’est un combat essentiel pour l’avenir de la Tunisie. En conjuguant les efforts des agriculteurs, des experts, des décideurs politiques et du secteur privé, il est encore possible de préserver ce capital naturel précieux et d’assurer la pérennité de l’agriculture tunisienne.




