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Contexte
La RAIF d’Andalousie (Red de Alerta e Información Fitosanitaria ) a publié un document, dans le cadre de la Premier Plan Stratégique des Horticultures sous Serre d’Andalousie, par l’intermédiaire de la Delegación Territorial de Agricultura en Almería. Le protocole a été validé en concertation avec la Mesa Técnica de Expertos en Sanidad Vegetal de Almería.
Ce nouveau système répond à l’apparition invasive de Thrips parvispinus, qui remplace progressivement la gestion traditionnelle de Frankliniella occidentalis et exige une adaptation des mesures de lutte.
Particularités du Thrips parvispinus
- Thrips parvispinus développe ses populations à la fin de l’été (septembre), atteint un pic entre octobre et novembre, puis se maintient jusqu’à janvier, avant une chute en mars-avril.
- Contrairement à F. occidentalis, qui colonise principalement les fleurs (≈ 50 % de la population y reste), T. parvispinus alterne entre feuilles, fleurs et fruits selon la période de l’année, et se retrouve souvent sur les feuilles et les fruits pendant les phases critiques.
- Le comportement est plus cryptique : il se réfugie dans les feuilles enroulées, les bractées ou sous le calice des jeunes fruits, ce qui réduit fortement l’efficacité des traitements classiques.
- Pour ces raisons, il est essentiel de mettre en place un programme préventif, basé sur l’introduction progressive et séquentielle d’ennemis naturels, adapté aux conditions environnementales et au stade du poivron, en optimisant la survie et l’établissement des organismes de lutte biologique (OCB).
- Une autre complication : parallèlement à l’augmentation de T. parvispinus, on observe une montée très significative des populations de Tetranychus urticae (araignée rouge) dès le début du cycle du poivron. L’emploi d’acaricides peut compromettre l’efficacité des populations auxiliaires, ce qui souligne la nécessité d’une stratégie intégrée contre ces deux ravageurs simultanément.
- Le protocole doit toujours être appliqué sous le critère technique du responsable de lutte biologique, qui adaptera les décisions en fonction de chaque exploitation (historique, conditions, auxiliaires compatibles, etc.).
Le protocole en détail
1. Mesures avant le démarrage du cycle
Trappes chromotropiques bleues
- Installer avant la plantation à une densité élevée (100-200 plaques/1000 m²).
- Hauteur initiale dans la serre : 25-30 cm au-dessus du planteur après le repiquage.
- Après l’introduction des OCB, déplacer les plaques vers les points critiques de la parcelle.
- Ajuster la hauteur au fur et à mesure que le poivron grandit, toujours au-dessus du feuillage.
Établissement de la biodiversité - Objectif : maintenir des populations d’OCB (commerciales et spontanées), en leur fournissant aliment, refuge et/ou proies alternatives.
- Les plantes de diversité ne doivent pas être réservoirs de virus, ravageurs ou maladies.
- Les installer juste avant le repiquage : au moment de la préparation du sol.
- Protéger ces « îles » de biodiversité des traitements phytosanitaires, choisir des zones éclairées, irrigables, et sans passage d’engins. Installer près des réserves de céréales pour les pucerons. Combiner plusieurs espèces offrant pollen et nectar.
- Lorsque possible, renforcer la biodiversité intérieure via des haies à l’extérieur de la serre.
2. Mesures pendant le cycle
Du repiquage jusqu’à la semaine 3
- Utiliser des plants sains : exempte de ravageurs et de maladies.
- Maintenir une humidité relative (HR) > 40-50 %.
- Appliquer des traitements phytosanitaires compatibles aux OCB : de contact, faible délai de sécurité, faible accumulation, inscrit au registre phytosanitaire.
De la semaine 3-4 jusqu’à la floraison - Introduction des acariens préventifs dirigés contre les thrips :
* Amblyseius swirskii : tolère mieux les hautes températures et HR > 40 % ; efficace contre la mouche blanche, les premières larves de thrips et l’araignée rouge. Dose : 1 sachet / 3-4 plantes (~125-175 m²).
* Transeius montdorensis : nécessite HR > 50 %; efficace contre thrips L1-L2 et araignée rouge, moins contre mouche blanche. Dose : 1 sachet / 3-4 plantes (~125 m²).
* Amblydromalus limonicus : HR > 50 % requise. Dirigé contre thrips L1-L2 et mouche blanche. Dose en matériel suelto : 80 individus/m² en une seule application ou 40+40 en deux vagues ; en sachets : 1 sachet / 5 plantes (~100 individus/m²). À combiner avec alimentation complémentaire dès la libération. - Vérification initiale : après 5 à 7 jours suivant la pose des sachets, vérifier la sortie des acariens sur la plante (conditions selon climat).
- Seconde libération : en matériel suelto, combinée à alimentation complémentaire. Dose recommandée : 50-75 individus/m² pour assurer survie et maintien. Fréquence : toutes les 7-10 jours si températures élevées, ou toutes les 3 semaines si basses. Adapter selon zones critiques.
- Pour A. limonicus : toujours accompagné d’un aliment dès la première application.
Aliments disponibles pour auxiliaires
- Combinaison d’acariens astigmátides enrichis avec diètes spécifiques (adaptés à A. swirskii, A. andersoni, T. montdorensis, A. limonicus, Orius, etc.) à distribuer sur les parties vulnérables du poivron. Volume : 5 sacs de 5 l/ha.
- Œufs purs d’acariens astigmátides pulvérisables dans milieu liquide : dose 450 g/ha par pulvérisation standard.
- Carpoglyphus lactis : alimentation pour acariens prédateurs, application manuelle ou à souffleur.
- Thyreophagus entomophagus : alimentation pour acariens prédateurs, même mode.
- Pollen de Typha latifolia : alimentation pour acariens prédateurs, dose : 500 g/ha par application, distribué par machine d’épandage.
- Œufs de Ephestia kuehniella : alimentation pour chinches prédateurs, thrips-prédateurs et autres auxiliaires.
- Œufs de Sitotroga cerealella : même usage.
- Artemia spp. (quistes) : alimentation pour thrips-prédateurs et certains acariens.
À partir de l’apparition de la floraison (semaine 4-5)
- Orius laevigatus : libérer dès les boutons floraux. Adultes et nymphes prédatent diverses espèces de thrips. Suivis hebdomadaires : 2-4 individus/m², selon population d’Orius et incidence des thrips.
- Chrysoperla carnea : prédateur généraliste de thrips, mouche blanche, araignée rouge et cochenilles. Très efficace contre les pucerons. Nécessite que la biodiversité soit établie pour assurer alimentation des adultes. Dose : ≈ 1-3 individus/m². Formats variés : larves ciblées sur foyers, pupes en stratégie préventive.
- Acariens fitoseides pour araignée rouge (effet aussi sur thrips) : libération 1-2 semaines après la libération des acariens préventifs car, en absence d’araignée rouge, ils peuvent se nourrir d’autres arthropodes/pollen (dépendent de la floraison).
* Amblyseius californicus : 1 sachet / 4-5 plantes (~40-60 individus/m²).
* Amblyseius andersoni : 1 sachet / 4-5 plantes (~40-60 individus/m²). Plus efficace sur larves de thrips.
3. Renforts automne-hiver
Quand les cultures acquièrent une hauteur plus importante, un feuillage dense et de nombreux fruits en cuajado / engraissement (vulnérables à T. parvispinus) :
- Transeius montdorensis : efficace contre thrips L1-L2 et araignée rouge. On observe des populations importantes en conditions automne-hiver. Conditions : HR > 50 %. Doses moyennes : 50-75-125 individus/m² selon climat et niveaux de ravageurs. Maintenir alimentation après installation selon incidence.
- Amblyseius cucumeris : efficace à températures basses (< 10 °C), ciblant principalement L1 de thrips. Dose : 1 sachet / 5 plantes (~400-500 individus/m²). Utiliser en matériel suelto (vrac) pour action rapide.
4. Traitements de foyers (zones critiques)
- Libération focalisée d’OCB en dose élevée : consulter le technicien spécialiste pour ajuster.
- Orius laevigatus : en cas de foyer, privilégier ninfas + alimentation (à consulter).
- Acariens fitoseides ciblés : Transeius montdorensis, Amblydromalus limonicus.
- Thrips prédateurs (qui consomment aussi araignée rouge) :
* Franklinothrips vespiformis : efficace contre stades de thrips. Dose : 25-50 individus/plante ou 8 individus/m² quand le foyer s’étend (~1000 m²).
* Phytoseiulus persimilis : prédateur spécifique de l’araignée rouge. Dose totale répartie sur plusieurs semaines : 3-5 individus/m² sur toute la parcelle, ou 20 individus/m² dans les foyers pendant 3-5 semaines. Concentrer dans la zone centrale du foyer, le reste en zone tampon. Augmenter si incidence élevée.
5. Contrôle des pupes de thrips dans le sol
Des auxiliaires généralistes peuvent contribuer au contrôle des pupes de thrips et autres ravageurs du sol (ex : mouches sciarides, nématodes) :
- Atheta coriaria (coléoptère prédateur) : libération en vrac ou via cubes de production. Dose : 2-5 individus/m² ou 1 cube / 2000 m².
- Macrocheles robustulus (acarus prédateur) : cible pupes de thrips. À poser sur le sol ou à la base des tiges. Le sol doit être humide, riche en matière organique, non compacté. Température min. optimale : 15 °C. Dose : 100-500 individus/m².
- Stratiolaelaps scimitus (anciennement Hypoaspis miles, acarus prédateur) : dose : 150-200 individus/m². Appliquer directement sur le sol le long des lignes de culture, généralement à 20-25 jours après le repiquage.
- Nématodes et champignons entomopathogènes : efficaces contre pupes et pré-pupes dans le sol. Conditions idéales : HR ≥ 75 % pendant l’application + heures suivantes. Appliquer en fin de journée.




