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À Chtouka Aït Baha, les intempéries de fin février ont durement frappé les cultures sous serre. Plastiques arrachés, cultures exposées, coûts de réparation en forte hausse : la filière maraîchère affronte un nouvel épisode de grande vulnérabilité climatique.
Les violentes rafales qui ont balayé la région de Souss-Massa les 26 et 27 février ont laissé derrière elles un lourd bilan pour l’agriculture sous serre. Dans la province de Chtouka Aït Baha, près de 1 500 hectares de cultures maraîchères auraient été touchés, selon les premières constatations effectuées sur le terrain. Les vents, qui ont atteint jusqu’à 110 km/h, ont provoqué des dégâts importants sur les structures de protection, en particulier les couvertures plastiques et les filets.
En visite dans plusieurs exploitations situées dans les communes d’Inchaden et de Belfaa, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a pu mesurer l’ampleur des dommages. Cette tournée a permis d’évaluer de près la situation dans une zone clé pour la production et l’exportation de fruits et légumes au Maroc.
Des cultures exposées aux intempéries
Dans les exploitations sinistrées, le principal problème reste la dégradation ou l’arrachement des plastiques de couverture. Or, une serre privée de sa protection devient immédiatement plus vulnérable aux pluies, à l’humidité excessive, aux écarts thermiques, mais aussi aux maladies fongiques et aux attaques de ravageurs.
Pour les producteurs, le danger est double : il y a d’abord la perte directe liée à l’incident, puis les effets secondaires qui peuvent s’aggraver dans les jours suivants. Une culture exposée, même si elle n’est pas totalement détruite, peut rapidement perdre en qualité et en valeur commerciale.
Dans une région fortement orientée vers l’export, cette dégradation qualitative représente un risque majeur. Une partie des volumes peut devenir impropre aux marchés les plus exigeants, avec à la clé une chute du rendement commercial et de la valorisation des récoltes.
La réparation devient une course contre la montre
À l’urgence agronomique s’ajoute désormais une urgence logistique. Les producteurs doivent remettre en place les plastiques le plus rapidement possible pour sécuriser ce qui peut encore l’être. Mais cette opération se heurte à plusieurs obstacles : les stocks disponibles sont limités, les coûts flambent, et la main-d’œuvre qualifiée pour installer les couvertures manque dans certaines zones.
Habituellement, cette période de l’année ne correspond pas à une forte demande en plastique de serre. Les fabricants réduisent donc souvent leur production avant le pic saisonnier du printemps. Cette fois, les intempéries ont créé un besoin soudain et massif, provoquant une forte tension sur l’approvisionnement.
Dans plusieurs exploitations, les coûts d’installation auraient connu une hausse très importante. Entre l’achat du plastique, le transport, la pose et la rareté de la main-d’œuvre spécialisée, la facture devient particulièrement lourde, notamment pour les petites et moyennes structures.
Une menace pour la qualité export
Même lorsque les cultures survivent, l’impact sur la qualité reste une préoccupation majeure. En tomate, notamment, l’exposition à la pluie et à une humidité excessive peut favoriser l’apparition de défauts, de fissurations, de maladies ou de problèmes de tenue post-récolte.
Pour les producteurs exportateurs, cela signifie qu’une part de la production initialement destinée aux marchés extérieurs pourrait être déclassée ou perdre sa valeur. Dans certains cas, la baisse ne se mesure pas seulement en tonnes récoltées, mais en pourcentage réellement exportable.
Et dans une zone comme Chtouka Aït Baha, où la performance commerciale repose sur la régularité, la qualité et la capacité à approvisionner les marchés internationaux, cet impact peut rapidement dépasser le seul cadre de l’exploitation sinistrée.
Le gouvernement promet un appui
Face à cette situation, le ministre de l’Agriculture a assuré que les services du département sont mobilisés pour accompagner les agriculteurs touchés. Parmi les mesures évoquées figurent notamment un soutien aux petits producteurs pour l’acquisition de nouveaux plastiques, ainsi que des discussions avec les banques en vue de faciliter des reports ou des allègements de remboursement.
Ce signal est particulièrement important dans une région où l’agriculture sous serre constitue un moteur économique central. Les provinces de Chtouka Aït Baha et de Taroudant totalisent ensemble plus de 24 000 hectares de maraîchage sous serre, avec une production annuelle proche de 2 millions de tonnes. La région de Souss-Massa représente, à elle seule, environ 85 % des exportations marocaines de fruits et légumes.
Un rappel brutal des risques climatiques
Au-delà de l’événement lui-même, cet épisode remet en lumière la fragilité croissante des systèmes agricoles intensifs face aux aléas extrêmes. Les serres sont conçues pour protéger les cultures, mais elles deviennent elles-mêmes vulnérables lorsque les épisodes climatiques dépassent certains seuils.
Pour la filière, la question n’est donc plus seulement celle de la réparation immédiate. Elle concerne aussi la capacité à renforcer la résilience des infrastructures, à mieux anticiper les crises climatiques, et à réduire l’exposition économique des producteurs face à des phénomènes qui semblent devenir plus fréquents.
Dans l’immédiat, l’objectif reste clair : remettre les exploitations en état, protéger les cultures encore récupérables et éviter qu’un sinistre structurel ne se transforme en crise durable de production et de qualité.




