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La crise des populations d’abeilles, phénomène préoccupant à l’échelle mondiale, prend une nouvelle dimension au Canada avec le lancement d’un procès retentissant. Des apiculteurs de l’Ontario ont décidé d’attaquer en justice deux géants de l’agrochimie, Bayer CropScience et Syngenta AG, les accusant de négligence dans la conception, la fabrication et la distribution de pesticides néonicotinoïdes. Ces produits, largement utilisés dans les cultures de maïs, de soja et d’autres productions agricoles, seraient à l’origine de pertes massives de colonies d’abeilles, impactant directement la production de miel et engendrant des surcoûts significatifs pour les professionnels du secteur.
Des apiculteurs portent plainte contre Bayer et Syngenta pour l’utilisation de pesticides
Le litige, qui porte sur une demande de 450 millions de dollars canadiens en dommages et intérêts, vise à compenser les apiculteurs pour les colonies d’abeilles perdues ou endommagées. Selon la plainte déposée en septembre 2014, les pertes financières liées aux néonicotinoïdes auraient été considérables pour les entreprises concernées entre 2006 et 2013, période durant laquelle ces pesticides ont connu une diffusion massive au Canada. Tom Congdon, dont l’exploitation familiale Sun Parlor Honey, forte de plus de 89 ans d’histoire, a vu ses 1950 ruches durement touchées, témoigne de la présence d’abeilles mortes ou mourantes confirmée par Health Canada. Il est convaincu que les néonicotinoïdes sont la cause principale de ces pertes tout au long de la saison estivale.
Face à ces accusations, Syngenta et Bayer n’ont pas répondu aux demandes d’interview. Cependant, les entreprises chimiques ont par le passé affirmé que les abeilles n’absorbaient pas une quantité de néonicotinoïdes suffisante dans les champs pour causer des effets négatifs, et que leurs produits ne présentaient aucun danger s’ils étaient utilisés conformément aux instructions d’emploi. Cette position contredit les constats des apiculteurs et les études scientifiques qui se multiplient sur les effets délétères de ces substances.
Les néonicotinoïdes : un danger avéré pour les pollinisateurs
Les néonicotinoïdes constituent une classe de pesticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils sont absorbés par la plante et diffusés dans tous ses tissus, y compris le pollen et le nectar. Parmi les substances incriminées figurent l’acétamipride, le thiaméthoxame et le thiaclopride. Leur efficacité contre une large gamme d’insectes nuisibles aux cultures en fait un outil privilégié pour de nombreux agriculteurs. Cependant, cette omniprésence dans l’environnement agricole soulève des questions quant à leur impact sur les organismes non ciblés, au premier rang desquels les pollinisateurs, et plus particulièrement les abeilles, essentielles à la reproduction de nombreuses espèces végétales et à la production alimentaire.
La communauté scientifique s’accorde de plus en plus sur le rôle des néonicotinoïdes dans le déclin des populations d’abeilles. Plusieurs études ont mis en évidence des effets sub-létaux à des doses pourtant faibles, affectant la capacité d’orientation, la mémoire, la reproduction et le système immunitaire des abeilles. Ces déficiences les rendent plus vulnérables aux maladies, aux parasites et au stress environnemental, contribuant ainsi à des mortalités massives, notamment lors des périodes de dormance hivernale. En Europe, l’utilisation de certains néonicotinoïdes a été temporairement interdite, et leur approbation fait l’objet de réévaluations régulières par les autorités sanitaires. Au Canada, Health Canada suit de près la situation, et le gouvernement de l’Ontario envisage de réglementer plus strictement l’usage de ces pesticides, qui ont été identifiés comme un facteur contribuant à la perte de 58 % des colonies d’abeilles en Ontario durant l’hiver précédent le lancement du procès.
Ce contexte alarmant se retrouve également sur d’autres marchés. Au Maroc, par exemple, certains importateurs commencent à émettre des exigences auprès des producteurs, leur demandant de renoncer à l’utilisation de cette catégorie d’insecticides pour garantir la qualité et la salubrité de leurs produits. Cette demande reflète une prise de conscience croissante des enjeux liés à la protection des pollinisateurs et à la durabilité des pratiques agricoles.
L’agroécologie et les alternatives aux pesticides de synthèse gagnent du terrain, portées par une demande sociétale et des réglementations de plus en plus contraignantes. L’agriculture durable, qui privilégie la biodiversité, les auxiliaires naturels et des méthodes de protection des cultures respectueuses de l’environnement, est une voie d’avenir pour le secteur. Le procès intenté par les apiculteurs de l’Ontario pourrait marquer un tournant dans la reconnaissance des responsabilités des fabricants de pesticides et accélérer la transition vers des pratiques agricoles plus vertueuses. La question de la protection des abeilles et de la sécurité alimentaire est désormais au cœur des préoccupations, et les décisions qui seront prises dans cette affaire auront des répercussions bien au-delà des frontières canadiennes. Pour une agriculture plus résiliente et respectueuse de son environnement, il est essentiel de soutenir les innovations et les initiatives visant à préserver nos pollinisateurs vitaux. Pour plus d’informations sur la protection des cultures et les alternatives durables, vous pouvez consulter les ressources de la FAO, de l’ONSSA au Maroc, ou du Ministère de l’Agriculture de votre pays.
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