
Non, exporter des tomates ne signifie pas exporter l’eau
26 September 2026
Le marché international de la tomate aborde l’automne dans une configuration contrastée. Alors que les volumes remontent progressivement dans le nord de l’Europe, plusieurs grands bassins de production restent confrontés à une offre limitée. Cette transition saisonnière pourrait ouvrir une période particulièrement intéressante pour les origines méditerranéennes, notamment le Maroc, à mesure que la campagne d’automne-hiver monte en puissance.
Selon le dernier tour d’horizon du marché publié par FreshPlaza, les Pays-Bas et la Belgique voient leur production se redresser après un été marqué par des conditions météorologiques difficiles. Cette augmentation de l’offre commence logiquement à peser sur les cours, mais ceux-ci restent encore supérieurs aux moyennes historiques. En Belgique, les prix moyens observés récemment atteignaient environ 1,56 €/kg pour la tomate grappe et 1,52 €/kg pour la tomate ronde.
Une offre européenne encore loin d’être abondante
La situation est différente en Italie. En Sicile, principal bassin italien de production, les volumes restent relativement faibles en cette période de l’année. Peu de producteurs avaient en effet réalisé des plantations au début de l’été destinées à alimenter le marché actuel. L’offre devrait augmenter progressivement durant le mois d’octobre avant que la production sicilienne n’atteigne véritablement son rythme de croisière début novembre.
La France présente également une situation tendue. La production française de tomates destinées au marché du frais devrait atteindre environ 479.800 tonnes en 2026, soit une baisse de 4 % sur un an malgré une légère progression des surfaces. Les épisodes de chaleur successifs ont affecté les rendements et provoqué d’importantes fluctuations de l’offre. En août, les prix étaient ainsi supérieurs de 43 % à ceux d’août 2025 et de 70 % à la moyenne 2021-2025.
Le commerce extérieur français traduit également cette évolution : entre janvier et juillet 2026, les importations ont progressé de 4 %, à 351.000 tonnes, tandis que les exportations reculaient de 5 %.
L’Espagne prépare sa montée en puissance
L’Espagne constitue désormais l’un des principaux éléments à surveiller. Les volumes d’automne et d’hiver devraient commencer à augmenter plus nettement à partir de la mi-octobre, même si les surfaces sous serre seraient légèrement orientées à la baisse.
Cette montée en puissance espagnole va progressivement modifier l’équilibre du marché européen. Mais elle intervient alors que la tomate marocaine occupe désormais une position structurelle majeure sur le continent.
Les données publiées cette semaine montrent d’ailleurs que, durant la campagne 2025/2026, le Maroc a vendu environ 493,3 millions de kilos de tomates sur le marché de l’Union européenne, représentant 17,74 % des volumes commercialisés, contre 475,8 millions de kilos pour l’Espagne. Le Maroc devance ainsi son voisin espagnol pour la deuxième campagne consécutive en volume sur le marché communautaire.
Le segmenté, principal atout du Maroc
Cette évolution est d’autant plus importante que la compétitivité marocaine ne repose plus uniquement sur la tomate ronde.
La transformation du secteur au cours des dernières années s’est largement appuyée sur les tomates segmentées : cherry, mini-plum, cocktail et autres spécialités. Selon les données communiquées par les professionnels marocains, ces catégories représentent désormais près de 59 % des exportations nationales de tomates.
Cette orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée permet au Maroc de se positionner sur des marchés où la régularité, la qualité gustative, le calibre et la différenciation variétale deviennent aussi importants que le volume.
Les cotations espagnoles donnent d’ailleurs une indication intéressante sur la valorisation actuelle de ces segments. Pour la période du 7 au 13 septembre, la tomate cherry/spéciale atteignait environ 1,63 €/kg au stade producteur et 2,42 €/kg en sortie de station de conditionnement en Espagne.
Une fenêtre intéressante, mais qui pourrait être courte
Pour les opérateurs marocains, les prochaines semaines seront donc particulièrement importantes.
La fin progressive des campagnes estivales du nord de l’Europe, le recul de la production française et la faiblesse momentanée de l’offre italienne créent une configuration favorable. Mais cet équilibre peut évoluer rapidement avec l’augmentation attendue des volumes espagnols à partir de la mi-octobre, puis la montée en puissance de la Sicile durant octobre et début novembre.
Le marché européen pourrait ainsi passer d’une situation relativement tendue à une offre beaucoup plus abondante en quelques semaines.
Pour le Maroc, l’enjeu de la campagne 2026/2027 ne sera donc probablement pas seulement de produire davantage, mais surtout de positionner les volumes au bon moment et sur les bons segments.
Après une campagne 2025/2026 difficile, durant laquelle les exportations marocaines avaient reculé de 11 % à 549.000 tonnes sous l’effet notamment des aléas climatiques et phytosanitaires, le début de cette nouvelle saison sera suivi de très près.
Dans un marché européen où les calendriers de production se chevauchent de plus en plus, quelques semaines d’avance — ou de retard — peuvent désormais faire une différence considérable sur les prix.
Source principale : FreshPlaza, Global Market Overview Tomatoes, septembre 2026. Données complémentaires : Agreste, Eurostat/Hortoinfo et sources professionnelles.




