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10 August 2015
Des cargaisons de Round Up entrent illégalement au Maroc
10 August 2015Round Up : Un trafic illégal d’herbicides dangereux met en péril l’agriculture marocaine. Des cargaisons considérables de produits phytosanitaires, notamment des insecticides et des herbicides, seraient introduites clandestinement sur le marché marocain, représentant une menace sérieuse pour la santé publique et la durabilité de l’agriculture nationale. Cette situation alarmante met en lumière les défaillances potentielles des contrôles aux frontières et soulève des questions quant à la vigilance des autorités compétentes. L’ampleur du phénomène, rapportée par le quotidien Al Massae, suggère un réseau bien établi opérant entre le Maroc et l’Espagne.
L’infiltration insidieuse du Round Up sur le marché marocain
Le modus operandi dénoncé est particulièrement préoccupant. Selon les informations recueillies, des camions transportant des fruits et légumes destinés à l’exportation vers la péninsule ibérique serviraient de couverture pour introduire des substances hautement toxiques lors de leur retour au Maroc. Une fois leur cargaison agricole déchargée en Espagne, ces mêmes véhicules seraient chargés d’herbicides et d’insecticides cancérigènes, des produits dont la dangerosité pour la santé humaine est avérée. Ce trafic se déroulerait, apparemment, à l’insu des douanes et des services de contrôle des deux pays. La source interrogée par Al Massae précise que la marchandise illicite transiterait par les postes-frontières maroco-espagnols dans des camions de grande capacité. Ces produits ne figureraient pas sur la liste des substances autorisées par l’Office National de la Sécurité Alimentaire (ONSSA) et contiendraient des composants interdits par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), organisme de référence en matière de santé publique à l’échelle planétaire. Il s’agirait, selon le journal, du célèbre herbicide Round Up, produit par la firme américaine Monsanto, aujourd’hui propriété de Bayer. L’entreprise est connue pour ses stratégies agressives visant à dominer les marchés agricoles mondiaux, en rendant ses produits quasi indispensables aux agriculteurs, particulièrement dans les pays en développement.
Les pressions du marché mondial et les défis agronomiques
La diffusion massive et parfois illicite de produits comme le Round Up s’explique en partie par les pressions économiques qui pèsent sur les agriculteurs. Dans un contexte de marché mondialisé où la compétitivité est reine, la recherche de solutions pour optimiser les rendements et réduire les coûts de production est constante. Les herbicides de synthèse, efficaces et relativement peu coûteux à l’achat initial, apparaissent comme une réponse tentante aux défis agronomiques rencontrés. Ces défis sont multiples : gestion des adventices qui concurrencent les cultures en eau, en nutriments et en lumière, mais aussi la nécessité de maîtriser les coûts des intrants face à une volatilité des prix parfois importante. La baisse des prix des produits agricoles sur les marchés internationaux pousse également les producteurs à réduire leurs charges, faisant des herbicides à large spectre une solution attractive. Le coût de production d’une culture est une équation complexe où chaque poste de dépense est scruté. La lutte contre les mauvaises herbes représente une part non négligeable de ces coûts. Si l’achat de traitements conventionnels peut sembler onéreux, leur efficacité à court terme et la simplification de la gestion des parcelles peuvent justifier, aux yeux de certains, leur utilisation. La dynamique “coût prix” est ici particulièrement sensible : le coût d’achat des produits phytosanitaires, même illégaux, peut sembler inférieur à la perte de rendement potentielle engendrée par une prolifération incontrôlée des adventices. Il est crucial de rappeler que cette logique à court terme néglige les coûts environnementaux et sanitaires à long terme, souvent bien plus importants et moins directement imputables au producteur.
Le Round Up : un produit controversé et ses alternatives
Le Round Up, dont le principe actif est le glyphosate, est depuis des années au centre de controverses scientifiques et juridiques concernant sa potentielle cancérogénicité. Malgré les dénégations de ses fabricants, plusieurs études ont soulevé des inquiétudes, conduisant à des interdictions ou des restrictions dans certains pays. L’invasion illégale de ces produits sur le territoire marocain pose donc un double problème : celui de la non-conformité aux normes sanitaires et environnementales, et celui de la concurrence déloyale envers les producteurs qui respectent la réglementation. Les autorités marocaines, notamment le ministère de l’Agriculture, ont la lourde tâche de mener une enquête approfondie pour identifier les responsables de ce trafic et mettre fin à cette pratique dangereuse. Il est impératif que des mesures de contrôle plus strictes soient mises en place aux frontières et que des sanctions exemplaires soient appliquées afin de dissuader toute tentative d’importation illégale de produits phytosanitaires. La Round Up, malgré sa popularité dans certains milieux agricoles, n’est pas la seule solution pour le désherbage. Il existe de nombreuses alternatives plus respectueuses de l’environnement et de la santé. L’agriculture de précision, les méthodes mécaniques de désherbage, l’utilisation de couverts végétaux ou encore le recours à des bio-herbicides sont autant de pistes à explorer. HortiTecNews s’est déjà penché sur certaines de ces innovations qui permettent de concilier productivité et durabilité.
Les alternatives pour les producteurs
Face aux risques sanitaires et environnementaux associés à l’usage intensif d’herbicides comme le Round Up, et à l’incertitude quant à leur légalité et leur composition exacte lorsqu’ils sont importés illégalement, il est essentiel que les agriculteurs marocains explorent et adoptent des pratiques alternatives. Ces méthodes visent à réduire la dépendance aux produits chimiques de synthèse tout en maintenant, voire en améliorant, la productivité des cultures.
- Désherbage mécanique : L’utilisation de houes, de herses ou de bineuses permet d’éliminer physiquement les adventices. Cette méthode est particulièrement efficace sur des surfaces de taille moyenne et peut être combinée avec d’autres techniques.
- Paillage (mulching) : Couvrir le sol avec des matières organiques (paille, copeaux de bois) ou minérales (gravier) empêche la germination et la croissance des mauvaises herbes en limitant la lumière et l’accès à l’air.
- Cultures de couverture : Semer des plantes spécifiques entre deux cultures principales (cultures intermédiaires) permet de couvrir le sol, de le protéger contre l’érosion et de concurrencer les adventices. Certaines de ces plantes, comme les légumineuses, ont également l’avantage d’enrichir le sol en azote.
- Rotation des cultures : Alternez les types de cultures sur une même parcelle. Cela perturbe le cycle de vie des mauvaises herbes spécifiques à une culture donnée et peut réduire leur pression.
- Utilisation d’herbicides naturels ou à faible impact : Des substances comme le vinaigre blanc, le jus de citron ou des huiles essentielles peuvent avoir un effet herbicide, bien que souvent moins durable et plus coûteux à grande échelle que les produits de synthèse. La recherche sur les bio-herbicides, issus de micro-organismes ou de plantes, progresse également.
- Mise en place d’une agriculture biologique ou raisonnée : Ces systèmes de production excluent ou limitent fortement l’usage des produits phytosanitaires de synthèse, favorisant des approches écologiques pour la gestion des ravageurs et des adventices.
Il est crucial de noter que l’adoption de ces méthodes peut nécessiter un investissement en temps et en savoir-faire, mais les bénéfices à long terme en termes de santé des sols, de biodiversité et de sécurité alimentaire sont considérables. Le soutien des instituts de recherche agronomique et des organismes de conseil agricole est fondamental pour accompagner cette transition.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix de la Round Up augmente-t-il ?
Le prix de la Round Up, comme celui de nombreux produits agrochimiques, est soumis à plusieurs facteurs. La demande mondiale accrue pour l’agriculture, couplée à une offre parfois limitée par les capacités de production ou les réglementations environnementales plus strictes dans les pays producteurs, peut faire grimper les prix. Les coûts des matières premières nécessaires à sa fabrication, tels que le pétrole ou certains minéraux, influencent également le coût final. De plus, les investissements en recherche et développement, ainsi que les dépenses liées aux batailles juridiques concernant sa sécurité, peuvent être répercutés sur le prix de vente. Dans le cas d’une importation illégale, les prix peuvent varier considérablement en fonction des intermédiaires et des risques pris par les contrebandiers, mais le prix “officiel” de tels produits tend à être influencé par ces dynamiques globales.
Quels sont les risques pour la santé liés à l’exposition au Round Up ?
Le Round Up, dont le principe actif est le glyphosate, est classé comme “probablement cancérogène pour l’homme” par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Les expositions chroniques, même à faibles doses, sont associées à un risque accru de certains cancers, notamment les lymphomes non hodgkiniens. D’autres effets potentiels sur la santé incluent des troubles neurologiques, des problèmes de reproduction et des perturbations endocriniennes. L’exposition peut se faire par inhalation, contact cutané ou ingestion d’aliments ou d’eau contaminés. L’importance de l’interdiction des produits non réglementés réside dans le fait que leur composition exacte et leur pureté sont inconnues, augmentant encore les risques potentiels.
Comment le Maroc contrôle-t-il l’importation des produits phytosanitaires ?
Au Maroc, le contrôle de l’importation et de la commercialisation des produits phytosanitaires est assuré par plusieurs instances, notamment l’Office National de la Sécurité Alimentaire (ONSSA) et le Ministère de l’Agriculture. L’ONSSA est responsable de l’homologation des produits, c’est-à-dire de leur autorisation de mise sur le marché après évaluation de leur efficacité et de leur innocuité. Les produits importés doivent respecter des normes strictes en matière de composition, d’étiquetage et de conditionnement. Des contrôles sont effectués aux frontières, mais comme le révèle l’affaire du Round Up, des failles peuvent exister dans le système, permettant l’infiltration de produits illégaux. Le Ministère de l’Agriculture, quant à lui, est chargé de définir les politiques agricoles et de veiller à leur application sur le terrain, y compris la promotion de bonnes pratiques agricoles et l’encadrement des agriculteurs dans l’utilisation des intrants.
Source : Le360.ma




