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bas prix : une colère qui gronde dans les champs espagnols. La région de La Redonda, située dans la municipalité d’El Ejido, en Andalousie, a été le théâtre d’une manifestation d’agriculteurs le vendredi 4 décembre. Leur cri de ralliement : l’exigence d’un prix équitable pour leurs productions, face à des rémunérations qui mettent en péril leur activité. Ce mouvement de protestation, bien que localisé, résonne avec une préoccupation bien plus large qui touche l’ensemble du secteur agricole, en Espagne comme ailleurs.
La spirale infernale des bas prix agricoles
L’événement déclencheur de cette colère a été un acte symbolique fort : Ange Salas, producteur de concombres, a déversé près de 4 000 kilos de concombres et de poivrons jaunes de type Californie. Un geste de désespoir visant à dénoncer les pratiques commerciales jugées inéquitables par les entreprises de la province. “Nous en avons marre de demander aux organisations concernées de prendre les mesures nécessaires et d’utiliser les mécanismes juridiques dont elles disposent pour réglementer les prix,” a martelé Andrés Góngora, secrétaire provincial de la COAG (Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs), qui a soutenu cette initiative. Cette organisation agricole appelle à une prise de conscience et à une action concertée des organisations de producteurs de fruits et légumes pour gérer ces périodes de crise et pour imposer un respect de la chaîne de valeur. La COAG ne mâche pas ses mots : “Les agriculteurs continueront à manifester leur colère jusqu’à ce que la situation soit redressée et que les prix soient bien gérés.” Les bas prix reçus par les producteurs ne couvrent plus leurs coûts de production, entraînant des pertes financières importantes à l’issue de chaque campagne. Les exemples concrets soulignés par les agriculteurs sont révélateurs : “Alors que je peux à peine produire un kilo de poivron avec 0,60 euros, il est payé à 0,40 euros seulement,” témoigne Jérôme Barranco, un autre agriculteur de la région spécialisé dans la culture des poivrons. Ces chiffres illustrent une distorsion profonde du marché où le producteur se retrouve dépouillé de sa juste rémunération.
Les pressions du marché mondial et les défis agronomiques
La pression sur les bas prix que subissent les agriculteurs espagnols s’inscrit dans un contexte économique global complexe. La concurrence internationale, souvent caractérisée par des coûts de production inférieurs dans d’autres régions du monde, exerce une influence considérable sur les prix de vente sur les marchés européens. Les grandes plateformes de distribution et la grande distribution, en quête de marges toujours plus importantes, jouent également un rôle déterminant dans la négociation des prix avec les producteurs. De plus, les défis agronomiques actuels accentuent la fragilité du secteur. L’augmentation des coûts des intrants agricoles – engrais, semences, protection des cultures – combinée aux aléas climatiques, tels que la sécheresse et le stress hydrique, rend la production de plus en plus coûteuse. Ces éléments, s’ils ne sont pas correctement pris en compte dans la fixation des prix, conduisent inévitablement à la détresse des agriculteurs qui voient leurs efforts récompensés par des rémunérations dérisoires. La nécessité d’une réglementation plus efficace des marchés et d’une meilleure répartition de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne alimentaire devient donc une urgence absolue.
Analyse économique : Prix de revient vs. Prix de vente
Le cœur du problème réside dans le fossé béant entre le prix de revient d’une production agricole et le prix de vente qui est effectivement proposé aux agriculteurs. Le prix de revient englobe l’ensemble des coûts engagés pour mener à bien une culture : l’achat des semences, des engrais, des produits phytosanitaires, l’eau, l’énergie (pour l’irrigation, le chauffage des serres), la main-d’œuvre, la location des terres, l’amortissement du matériel agricole, et même les charges administratives et financières. Ce coût réel, souvent élevé et en constante augmentation, doit être couvert par le prix de vente pour que l’activité soit viable. Or, les bas prix pratiqués sur le marché font que le prix de vente est fréquemment inférieur, voire significativement inférieur, au prix de revient. Dans un tel schéma, chaque récolte devient synonyme de perte financière. Les agriculteurs sont alors contraints de puiser dans leurs économies, de s’endetter, ou pire, d’abandonner leur exploitation. Cette situation insoutenable fragilise non seulement les agriculteurs individuellement, mais aussi l’ensemble du tissu agricole, garant de notre approvisionnement alimentaire. La loi Egalim, en France, ou d’autres réglementations européennes, visent à corriger ce déséquilibre, mais leur application et leur efficacité restent souvent débattues, laissant les producteurs face à des bas prix persistants.
Les alternatives pour les producteurs
Face à cette crise des bas prix, les agriculteurs espagnols, et leurs homologues d’autres pays, cherchent des solutions pour améliorer leur situation. La diversification des cultures peut permettre de réduire la dépendance à un seul produit et d’atténuer les risques liés aux fluctuations de prix. Le développement de circuits courts, en vendant directement aux consommateurs ou via des groupements de producteurs, permet de supprimer les intermédiaires et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée. L’adhésion à des organisations de producteurs solides comme la COAG offre une voix plus forte pour la négociation collective et l’accès à des conseils techniques et juridiques. Par ailleurs, une meilleure valorisation des produits via la transformation (confitures, conserves, etc.) ou la labellisation (produits bio, AOP, IGP) peut également permettre d’atteindre des prix plus rémunérateurs. Il est également crucial de mieux informer les consommateurs sur le coût réel de production des aliments et de promouvoir une consommation plus responsable et solidaire. L’accès à des informations transparentes sur le marché, via des plateformes comme HortiTecNews, est également essentiel pour que les agriculteurs puissent prendre des décisions éclairées. Les politiques agricoles, tant au niveau national qu’européen, doivent impérativement évoluer pour mieux soutenir les producteurs et garantir la pérennité de l’agriculture. Le rôle d’organisations internationales comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture est également fondamental pour établir des cadres et des recommandations favorables à un commerce agricole plus juste. En Tunisie, par exemple, le Ministère de l’Agriculture joue un rôle clé dans la mise en place de politiques visant à soutenir le secteur agricole : Ministère de l’Agriculture tunisien.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi les prix agricoles sont-ils si bas ?
Les prix agricoles sont influencés par de multiples facteurs, notamment la surproduction, la concurrence internationale, les stratégies des distributeurs, l’augmentation des coûts de production, et les aléas climatiques. Les bas prix actuels résultent souvent d’un déséquilibre de pouvoir entre les producteurs et les acteurs en aval de la chaîne d’approvisionnement.
Comment les agriculteurs peuvent-ils augmenter leurs marges ?
Ils peuvent opter pour la diversification, développer des circuits courts, rejoindre des groupements de producteurs, valoriser leurs produits par la transformation ou la labellisation, et mieux informer les consommateurs sur la valeur de leurs produits.
Quel est le rôle des organisations agricoles ?
Les organisations agricoles comme la COAG jouent un rôle crucial dans la défense des intérêts des agriculteurs, la négociation collective des prix, l’accès à l’information, et le plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour des politiques agricoles plus justes.
Comment la volatilité des prix affecte-t-elle les agriculteurs ?
La volatilité des prix, souvent à la baisse, rend la planification financière des exploitations très difficile. Elle peut entraîner des pertes financières importantes, des endettements, et menacer la viabilité même des exploitations agricoles.
Que peut faire le consommateur pour aider les agriculteurs ?
Le consommateur peut privilégier l’achat de produits locaux et de saison, se renseigner sur l’origine des produits, soutenir les initiatives de circuits courts, et être conscient du coût réel de production des aliments. Une consommation plus solidaire et éclairée contribue à une meilleure rémunération des producteurs.




