
Comment sauver l’arganier du Maroc ? Et si la solution commençait par retenir la pluie ?
12 September 2026
Une tomate parfaitement rouge mais qui conserve une zone verte ou jaune autour du pédoncule : le phénomène est bien connu des producteurs. Souvent attribué rapidement à un manque de potassium, le collet vert ou jaune de la tomate est pourtant un trouble physiologique beaucoup plus complexe.
Il peut toucher différents types de tomates — rondes, grappes, allongées ou cerises — avec une sensibilité qui varie fortement selon les variétés et les conditions de culture.
Qu’est-ce que le collet vert ?
Le phénomène, appelé greenback ou yellow shoulder disorder dans la littérature anglophone, se manifeste dans la partie supérieure du fruit, autour du pédoncule.
Alors que le reste de la tomate mûrit normalement, cette zone reste verte ou devient jaune. Dans les cas les plus marqués, le péricarpe reste également plus dur et peut présenter une coloration blanchâtre à l’intérieur.
L’INRAE classe le collet vert ou jaune parmi les maladies non parasitaires de la tomate. Il ne s’agit donc ni d’un champignon ni d’une bactérie et aucun traitement phytosanitaire ne peut le corriger.
Le phénomène est lié à une mauvaise évolution des pigments lors de la maturation : dans les tissus affectés, la disparition de la chlorophylle et/ou l’apparition normale des pigments rouges ne se déroule pas correctement.
La chaleur, premier facteur à surveiller
La température joue un rôle majeur.
Une étude menée sur tomate a montré que le yellow shoulder était nettement plus sévère à 31 °C qu’à 20 °C, même lorsque l’absorption de potassium par les plantes était comparable.
La chaleur perturbe notamment l’accumulation du lycopène, pigment largement responsable de la coloration rouge de la tomate.
Il faut surtout distinguer température de l’air et température du fruit. Une tomate directement exposée au rayonnement solaire peut chauffer beaucoup plus fortement que l’air ambiant.
C’est pourquoi le problème peut devenir particulièrement important sous serre pendant les périodes de fort rayonnement.
Attention à l’effeuillage excessif
Chercher à mieux exposer les bouquets pour améliorer la coloration peut parfois produire l’effet inverse.
L’INRAE cite notamment les plantes peu végétatives ou trop effeuillées, qui exposent directement les fruits au rayonnement, parmi les situations favorisant le collet vert ou jaune.
Le feuillage joue donc également un rôle de protection thermique.
En période chaude et très lumineuse, supprimer trop rapidement les feuilles situées autour des bouquets peut augmenter la température des fruits et favoriser les défauts de coloration.
L’objectif n’est pas d’arrêter l’effeuillage, mais de conserver un équilibre entre aération, lumière et protection du fruit.
Le potassium joue un rôle important… mais n’explique pas tout
Le potassium intervient directement dans la qualité et la maturation des fruits. Une alimentation insuffisante en potassium est régulièrement associée au collet jaune.
Dans l’étude menée à haute température, la sévérité du trouble était fortement corrélée à l’absorption de potassium lorsque les plantes étaient cultivées à 31 °C.
Mais cela ne signifie pas que toute tomate présentant un collet vert manque nécessairement de potassium.
La plante peut disposer de potassium dans la solution nutritive sans en acheminer suffisamment vers les fruits. La charge en fruits, le fonctionnement racinaire, l’EC, l’irrigation et les interactions entre éléments minéraux peuvent modifier son absorption.
C’est donc davantage l’alimentation réelle du fruit que la quantité d’engrais versée dans le bac qui importe.
Potassium, magnésium et calcium : rechercher l’équilibre
Le raisonnement devient encore plus intéressant lorsque l’on considère les interactions entre éléments.
Des travaux scientifiques associent notamment le yellow shoulder à une mauvaise alimentation potassique et à des interactions entre potassium, magnésium et calcium.
Un excès relatif d’un cation peut affecter l’absorption des autres.
La solution n’est donc pas nécessairement d’augmenter fortement le potassium. Une correction excessive peut à son tour déséquilibrer la nutrition minérale.
Avant de modifier fortement une fertigation, une analyse de solution, de drainage et surtout du végétal permet de déterminer si le potassium constitue réellement le facteur limitant.
L’irrigation et les racines entrent également en jeu
Le fonctionnement racinaire conditionne l’absorption du potassium et des autres éléments.
Des situations d’asphyxie, de saturation en eau, de mauvaise oxygénation ou d’irrégularité de l’irrigation peuvent donc indirectement favoriser les défauts de maturation.
La littérature scientifique associe d’ailleurs les sols engorgés ou compactés à une incidence accrue du yellow shoulder.
En culture hors-sol, la même logique conduit à surveiller l’EC du substrat et du drainage, le pourcentage de drainage, la fréquence des irrigations et l’état du système racinaire.
Toutes les variétés ne sont pas égales
C’est probablement l’un des éléments les plus sous-estimés.
La génétique joue un rôle important dans la sensibilité au collet vert ou jaune.
Une étude publiée en 2024 dans Scientia Horticulturae a identifié trois régions génétiques — QTL — associées à la sensibilité au yellow shoulder. Ensemble, elles expliquaient environ 20 % de la variation observée dans la population étudiée.
Certaines variétés possèdent également naturellement une coloration verte plus marquée autour du pédoncule avant maturité.
Il faut donc distinguer un green shoulder d’origine variétale, visible notamment lorsque le fruit est encore vert, d’un véritable trouble de maturation où la zone reste verte ou jaune alors que le reste du fruit est arrivé à maturité.
Deux variétés cultivées dans exactement la même serre peuvent ainsi présenter des comportements très différents.
Lorsque le problème revient régulièrement malgré une conduite climatique et nutritionnelle correcte, le choix variétal doit donc faire partie du diagnostic.
Peut-on corriger un fruit déjà atteint ?
C’est probablement la mauvaise nouvelle.
Lorsque la zone du collet est déjà fortement affectée, attendre quelques jours supplémentaires ne permet généralement pas de retrouver une coloration parfaitement homogène.
Le trouble se met en place pendant le développement et la maturation du fruit. La stratégie doit donc être avant tout préventive.
Que vérifier lorsque le collet vert apparaît ?
Avant d’ajouter systématiquement du potassium, le producteur devrait examiner l’ensemble du système de culture.
Il faut notamment vérifier :
la sensibilité connue de la variété ;
les températures pendant le grossissement et la maturation ;
l’exposition directe des fruits au soleil ;
l’intensité de l’effeuillage ;
la concentration et surtout l’absorption du potassium ;
l’équilibre K-Mg-Ca ;
l’EC de l’apport et du drainage en hors-sol ;
la régularité des irrigations ;
l’état et l’oxygénation du système racinaire ;
la charge en fruits de la plante.
Lorsque le phénomène apparaît principalement sur les bouquets ou les fruits les plus exposés pendant une période chaude, la piste climatique devient particulièrement importante.
S’il touche largement les fruits indépendamment de leur exposition, les pistes nutritionnelle et variétale méritent davantage d’attention.
Un problème multifactoriel plutôt qu’une simple carence
Le collet vert illustre finalement une erreur assez fréquente en production de tomate : vouloir associer un symptôme à un seul élément minéral.
Le potassium est incontestablement impliqué, mais la recherche montre que le phénomène résulte plutôt d’une interaction entre génétique, température, rayonnement, architecture de la plante, nutrition et fonctionnement racinaire.
Dans les régions à forte luminosité et à températures élevées, comme les grands bassins marocains de production sous serre, cette approche globale prend encore davantage d’importance.
Avant d’augmenter la fertilisation potassique, il faut donc se poser trois questions simples : le fruit chauffe-t-il trop ? Est-il suffisamment protégé par le feuillage ? Et la plante absorbe-t-elle réellement le potassium dont elle dispose ?
C’est souvent la combinaison de ces réponses, plutôt qu’un sac d’engrais supplémentaire, qui permet de comprendre le collet vert.




