
Fruits rouges : le Maroc dépasse 50 % du marché norvégien des framboises et mûres importées
29 August 2026
Le Maroc a importé plus de 12.000 tonnes de pommes de terre de consommation au cours de la campagne 2025/2026, un niveau jamais atteint jusque-là. Une situation exceptionnelle, provoquée notamment par les inondations ayant touché les zones de production du nord du pays, et qui a coïncidé avec une importante surproduction européenne.
Le marché marocain de la pomme de terre a connu une campagne 2025/2026 particulièrement atypique. Entre juillet 2025 et juin 2026, le Royaume a importé plus de 12.000 tonnes de pommes de terre fraîches destinées à la consommation, selon les données rapportées par EastFruit.
Ce volume représente à lui seul environ 50% de plus que le cumul des importations des cinq campagnes précédentes. Il est également 2,4 fois supérieur au précédent record, qui remontait à la campagne 2008/2009.
Les inondations du Loukkos à l’origine du déficit
Cette envolée des importations s’explique d’abord par les conditions climatiques exceptionnelles enregistrées au début de l’année 2026.
Les fortes précipitations et les inondations de janvier et février ont particulièrement affecté les zones agricoles du nord du Maroc et notamment le bassin du Loukkos, l’un des importants bassins de production de pommes de terre du pays.
Des parcelles ont été submergées et certaines exploitations ont perdu une part importante, voire la totalité, de leur récolte. La disponibilité sur le marché national s’est ainsi fortement contractée.
Les effets sur les échanges ont été rapides. Les importations ont commencé à progresser fortement à partir du mois de mars avant d’atteindre leur maximum en avril et mai. À eux seuls, ces deux mois auraient représenté près de 80% des importations de la campagne.
Le caractère extrêmement concentré de ces achats montre qu’il s’agissait davantage d’une réponse ponctuelle à un déficit d’approvisionnement que d’une modification durable de la structure du marché marocain.
Les Pays-Bas, premier fournisseur
Pour combler ce déficit, les importateurs marocains se sont principalement tournés vers l’Europe.
Les Pays-Bas ont fourni plus de la moitié des volumes importés, devant la France, avec près d’un tiers, tandis que la Belgique a fourni l’essentiel du solde.
Le Maroc a surtout bénéficié d’une conjoncture européenne totalement opposée à celle observée sur son propre marché.
Alors que le Royaume manquait temporairement de pommes de terre, plusieurs pays européens étaient confrontés à des stocks importants et à une chute des cours.
Aux Pays-Bas, les excédents de pommes de terre de l’ancienne récolte auraient atteint environ 500.000 tonnes. Les prix sur le marché libre se sont fortement effondrés, jusqu’à atteindre dans certaines situations des niveaux extrêmement faibles.
En France, les prix payés aux producteurs étaient également, en avril, plus de 20% inférieurs à ceux de l’année précédente.
Cette combinaison inhabituelle – déficit au Maroc et excédent en Europe – a donc rendu économiquement intéressantes les importations européennes.
Un paradoxe pour une filière également exportatrice
Ce record doit cependant être replacé dans le contexte plus large de la filière marocaine.
Le Maroc reste lui-même un pays exportateur de pommes de terre. Lors de la campagne précédente, entre juillet 2024 et mai 2025, les exportations marocaines de pommes de terre de consommation avaient atteint 42.900 tonnes pour une valeur d’environ 14,9 millions de dollars, selon EastFruit.
Ces expéditions avaient alors fortement rebondi après plusieurs années de recul, notamment grâce au retour des marchés ouest-africains. La Mauritanie et le Mali figuraient parmi les principales destinations.
La campagne 2025/2026 illustre ainsi la forte variabilité des équilibres : un même pays peut disposer d’un potentiel exportateur important tout en devant recourir temporairement aux importations lorsqu’un choc climatique touche une zone de production stratégique.
Après la sécheresse, le risque des excès de pluie
L’épisode est également révélateur d’un nouveau défi pour l’agriculture marocaine.
Après plusieurs campagnes dominées par la sécheresse et les restrictions hydriques, la filière pomme de terre a cette fois été pénalisée par le phénomène inverse : des précipitations excessives et des inondations.
La conséquence a été une perturbation rapide de l’offre, accompagnée d’une hausse des prix sur le marché intérieur et d’un recours inhabituel aux importations jusqu’à l’arrivée des nouvelles récoltes.
Les prix de la pomme de terre ont d’ailleurs de nouveau fait parler d’eux durant l’été 2026, avec des niveaux de 7 à 8 DH/kg dans plusieurs points de vente, et parfois davantage selon les circuits de commercialisation.
Une filière stratégique de plus en plus exposée aux aléas
Avec plus de 12.000 tonnes importées, le record de 2025/2026 reste modeste par rapport à la taille globale du marché marocain de la pomme de terre. Sa portée est surtout révélatrice de la rapidité avec laquelle un accident climatique régional peut perturber l’équilibre entre production, disponibilité et prix.
La campagne met également en évidence l’importance de la diversification géographique de la production, de la gestion des risques climatiques et de l’amélioration des capacités de stockage.
L’épisode 2025/2026 pourrait finalement être considéré moins comme le signe d’une dépendance du Maroc vis-à-vis des importations que comme un avertissement sur la vulnérabilité d’une filière stratégique face à des événements climatiques de plus en plus irréguliers.
Sources : EastFruit, données de marché et presse économique marocaine.



