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La hausse récente du prix de la tomate sur les marchés marocains a surpris aussi bien les consommateurs que les opérateurs. En l’espace de quelques semaines, les prix de détail ont atteint entre 13 et 17 dirhams le kilo, avec des pointes autour de 20 dirhams dans certains marchés. Cette envolée, visible depuis la deuxième moitié de mars 2026 et accentuée début avril, s’explique d’abord par une forte tension sur l’offre, particulièrement dans la région du Souss-Massa, principal bassin de production de tomate au Maroc.
Selon les explications relayées par Médias24, la filière fait face à une triple crise. D’abord, une pression phytosanitaire importante a touché les cultures sous serre, avec une forte incidence de maladies cryptogamiques favorisées par l’humidité, notamment le botrytis et le mildiou durant les mois de novembre et décembre. Ensuite, les producteurs ont dû affronter la persistance du ToBRFV, le virus des fruits bruns et rugueux de la tomate, qui continue de provoquer des dégâts sur les rendements faute de solutions variétales pleinement résistantes. Enfin, les intempéries, en particulier les vents et les pluies, ont endommagé de nombreuses installations de serre, aggravant encore les pertes de production.
Le poids des dégâts structurels a été particulièrement lourd. D’après la même source, environ 4.500 hectares auraient été affectés, avec parfois des structures métalliques tordues et des couvertures plastiques arrachées. Or, la réparation des serres n’a pas été immédiate, notamment à cause du manque de main-d’œuvre. Ce retard a laissé des cultures exposées au froid, à la pluie et aux insectes pendant plusieurs semaines, ce qui a compromis la maîtrise du climat sous serre et affaibli davantage les plantations.
À cette crise sanitaire et climatique s’ajoute désormais une pression sur les coûts de production. Les intrants agricoles restent chers et volatils, tandis que certains postes indispensables à la culture sous serre, comme le plastique de couverture, ont enregistré de fortes hausses. Cette inflation des charges pèse directement sur la rentabilité des producteurs, déjà fragilisés par la baisse des rendements.
L’un des éléments les plus marquants de cette séquence reste le décrochage de la productivité. Toujours selon les données rapportées, dans certaines exploitations, le rendement à l’hectare aurait été divisé par dix par rapport à une campagne normale. Autrement dit, même lorsque les prix montent, cela ne signifie pas automatiquement que le producteur gagne davantage. Un agriculteur qui récoltait auparavant des volumes importants à prix moyen peut aujourd’hui sortir très peu de caisses, malgré un prix unitaire plus élevé. C’est ce déséquilibre entre prix apparent et rendement réel qui explique pourquoi une partie des producteurs ne profite pas vraiment de la flambée actuelle.
Le marché de gros reflète aussi cette tension, mais avec une grande volatilité. À Inezgane, le prix de la caisse de 30 kg aurait atteint autour de 250 dirhams certains jours avant de retomber ensuite entre 120 et 150 dirhams. Cette variation rapide montre que le marché reste extrêmement nerveux, réagissant au moindre changement d’offre disponible.
Un autre point important du débat concerne l’export. Celui-ci est souvent désigné comme responsable dès que les prix montent sur le marché local. Pourtant, dans le cas actuel, l’analyse relayée par Médias24 indique que l’exportation n’est pas la cause directe de la flambée. Au contraire, pour de nombreux professionnels, l’équilibre économique de la tomate marocaine repose précisément sur une répartition entre marché extérieur et marché intérieur. Une partie des volumes exportés permettrait de compenser des prix locaux parfois inférieurs au coût de revient, estimé dans l’article autour de 4 dirhams le kilo. Sans cette péréquation, la culture deviendrait moins attractive, et certains producteurs pourraient réduire fortement leurs plantations lors des prochaines campagnes.
Cet élément est stratégique, d’autant plus que le Souss-Massa représente à lui seul environ 75 % de la production nationale de tomate, ce qui en fait le cœur de l’approvisionnement marocain. Tant que cette région reste sous pression phytosanitaire, climatique et économique, les effets se répercutent rapidement sur le marché national. Même si d’autres zones comme Dakhla montent progressivement en puissance, elles ne compensent pas encore entièrement les déséquilibres d’un bassin aussi dominant.




