Des cargaisons de Round Up entrent illégalement au Maroc
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Round Up : Des cargaisons d’herbicides potentiellement cancérigènes continuent d’envahir le marché marocain, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité alimentaire et à la santé publique. Les informations relayées par le quotidien Al Massae font état d’un trafic illégal d’insecticides et d’herbicides, dont le tristement célèbre Round Up, s’opérant entre l’Espagne et le Maroc. Ces produits, souvent chargés dans des camions de fruits et légumes après leur déchargement en péninsule ibérique, traversent les frontières sous le nez et la barbe des autorités, représentant une menace insidieuse pour l’agriculture et les consommateurs marocains.
Le trafic illégal de Round Up : une menace sanitaire et économique
Ce trafic transfrontalier, décrit comme “gigantesque”, repose sur une stratégie bien rodée. Des camions quittent le Maroc chargés de produits agricoles destinés à l’Espagne. Une fois leur cargaison initiale livrée, ils se réorientent pour charger des insecticides et herbicides, dont le Round Up, avant de retourner vers le Maroc. Ces substances, qualifiées de cancérigènes et hautement dangereuses pour la santé, ne figurent pas sur la liste des produits agricoles autorisés par l’Office National de Sécurité Sanitaire des Aliments (ONSSA) au Maroc. Leur présence sur le marché est d’autant plus alarmante qu’ils contiennent des composantes interdites par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La source du quotidien arabophone Al Massae souligne que ces produits sont transportés dans de gigantesques camions, rendant leur dissimulation d’autant plus aisée.
Le Round Up, produit phare de la firme américaine Monsanto (aujourd’hui Bayer), est régulièrement pointé du doigt pour ses potentiels effets néfastes sur la santé humaine et l’environnement. Le produit est notamment accusé d’être cancérogène, une allégation qui a conduit à de nombreux procès à travers le monde et à des interdictions dans certains pays. L’invasion illégale de ces produits sur le marché marocain, qui contourne les réglementations en vigueur, pose un double problème : d’une part, une concurrence déloyale pour les agriculteurs qui utilisent des produits homologués et respectent les normes ; d’autre part, un risque sanitaire majeur pour les consommateurs qui pourraient ingérer des résidus de ces herbicides dangereux via les fruits et légumes.
Pression sur le marché mondial et coûts de production : le contexte du Round Up
La diffusion massive et parfois illégale de produits comme le Round Up s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur le marché agricole mondial. Les agriculteurs, confrontés à des défis constants tels que les aléas climatiques, la hausse des coûts des intrants (engrais, semences, carburant) et la nécessité d’augmenter les rendements pour rester compétitifs, sont souvent à la recherche de solutions efficaces et abordables pour protéger leurs cultures. Le Round Up, grâce à son efficacité reconnue contre les mauvaises herbes et son coût relativement bas (lorsqu’il est obtenu légalement), peut apparaître comme une solution attractive. Cependant, l’approvisionnement illégal et la contournement des réglementations sanitaires viennent pervertir cette dynamique.
Cette situation met en lumière une tension constante entre le “coût prix” et le “prix de vente” dans le secteur agricole. Pour les agriculteurs, optimiser le “coût prix”, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses engagées pour produire une quantité donnée, est essentiel pour dégager une marge bénéficiaire. L’utilisation d’herbicides moins chers, même s’ils sont illégaux, peut sembler une stratégie pour réduire ce coût. Cependant, le “prix de vente” des produits agricoles est également déterminé par la qualité, la sécurité sanitaire et la conformité aux normes du marché. Les risques associés à l’utilisation de produits interdits peuvent entraîner des saisies, des refus de vente, des amendes, voire une atteinte à la réputation, annulant ainsi les gains potentiels liés à un coût d’achat inférieur. Il est donc crucial de considérer l’ensemble de la chaîne de valeur et les conséquences à long terme.
Les défis agronomiques et la recherche d’alternatives
Au-delà des aspects sanitaires et économiques, le recours intensif aux herbicides comme le Round Up soulève également des questions agronomiques. Les agriculteurs sont de plus en plus confrontés à des stress hydriques et à une volatilité des prix des intrants, rendant la gestion de leurs exploitations de plus en plus complexe. Le développement de résistances aux herbicides chez certaines adventices, phénomène bien connu, peut pousser à l’utilisation de doses plus importantes ou de produits plus puissants, créant un cercle vicieux. Dans ce contexte, la recherche d’alternatives plus durables et respectueuses de l’environnement devient primordiale. Cela peut inclure des méthodes de désherbage mécanique, le recours à des bio-contrôles, l’amélioration des pratiques culturales (rotation des cultures, associations végétales) ou encore le développement de variétés végétales plus résistantes.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) promeut activement des pratiques agricoles durables qui visent à réduire la dépendance aux intrants chimiques tout en garantissant la productivité et la sécurité alimentaire. La transition vers une agriculture plus résiliente passe par l’innovation et la diversification des méthodes de gestion des cultures.
Il est impératif que le ministère de l’Agriculture marocain prenne la pleine mesure de cette “invasion d’un nouveau genre”. Une enquête approfondie est nécessaire pour identifier les réseaux impliqués dans ce trafic illégal et pour renforcer les contrôles aux frontières. Des sanctions exemplaires doivent être appliquées pour dissuader les contrevenants. Parallèlement, une campagne de sensibilisation auprès des agriculteurs sur les dangers de ces produits et sur les alternatives disponibles est essentielle. Soutenir les producteurs dans l’adoption de pratiques agricoles durables est la clé pour préserver la santé des consommateurs, la qualité de l’environnement et l’avenir de l’agriculture marocaine. Le rôle de plateformes telles que HortiTecNews est également crucial pour informer et éduquer les professionnels du secteur.
Face à cette situation préoccupante, il est également important de se pencher sur les aspects réglementaires et leur application. Le respect des normes établies par des organismes internationaux et nationaux n’est pas une contrainte mais une garantie pour la santé publique et la viabilité à long terme des filières agricoles. Les autorités espagnoles ont également un rôle à jouer dans la lutte contre ce trafic, en renforçant leurs propres contrôles et en collaborant étroitement avec leurs homologues marocains.
Les alternatives pour les producteurs
Face aux risques sanitaires et aux interdictions potentielles liées à l’utilisation de produits comme le Round Up, les producteurs se tournent de plus en plus vers des alternatives durables. Ces méthodes visent à contrôler les adventices tout en minimisant l’impact environnemental et sanitaire :
- Désherbage mécanique : Utilisation d’outils agricoles pour arracher ou couper les mauvaises herbes.
- Paillage (mulching) : Couvrir le sol avec des matériaux organiques ou synthétiques pour étouffer les mauvaises herbes et conserver l’humidité.
- Culture de couverture (engrais verts) : Semer des plantes spécifiques entre deux cultures principales pour améliorer la fertilité du sol et supprimer les adventices.
- Contrôle biologique : Introduction d’organismes vivants (insectes, champignons) qui se nourrissent des mauvaises herbes.
- Rotation des cultures et associations végétales : Planifier les cultures de manière à limiter l’apparition des adventices spécifiques à une culture donnée.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix de la Round Up augmente-t-il ?
Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation du prix du Round Up et d’autres herbicides sur le marché légal. On peut citer la hausse des coûts de production des matières premières, les frais de recherche et développement pour les formulations plus sûres ou plus efficaces, les coûts liés à l’homologation et aux réglementations sanitaires de plus en plus strictes, ainsi que la demande croissante des marchés agricoles mondiaux. Les litiges juridiques concernant le glyphosate (principe actif du Round Up) ont également pu influencer les coûts de production et de commercialisation.
Quels sont les risques sanitaires associés à une exposition au Round Up ?
Des études scientifiques ont associé une exposition prolongée au glyphosate, le composant actif du Round Up, à un risque accru de développer certains cancers, notamment des lymphomes non hodgkiniens. D’autres effets potentiels sur la santé incluent des troubles du système endocrinien, des problèmes de fertilité, et des irritations cutanées ou oculaires.
Comment les autorités peuvent-elles lutter contre le trafic illégal d’herbicides ?
La lutte contre le trafic illégal d’herbicides nécessite une approche multidimensionnelle : renforcement des contrôles aux frontières, coopération internationale accrue entre les services douaniers et de police, sanctions pénales sévères pour les contrevenants, et sensibilisation des consommateurs et des professionnels du secteur aux dangers des produits illicites.




