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Le label AB pourrait bien connaître une révolution dans les années à venir. Historiquement aligné sur les normes européennes, symbolisées par la fameuse feuille verte, le label français Agriculture Biologique (AB) envisage de monter en gamme. L’objectif est de distinguer non seulement les produits issus de l’agriculture biologique, mais également ceux qui répondent à des critères de production locale et d’équité sociale. Cette proposition ambitieuse émane d’un rapport publié le 13 juin 2018 par le Conseil économique social et environnemental (CESE), qui préconise 18 avancées significatives pour l’avenir de l’agriculture et de l’alimentation en France. Cette évolution répond à une demande croissante des consommateurs français, de plus en plus soucieux de la qualité, de l’origine et de l’impact environnemental de ce qu’ils achètent. Le paysage des signes officiels de qualité, déjà dense avec des sigles tels que AOP, AOC, Label Rouge ou IGP, pourrait ainsi voir le label AB se démarquer davantage.
Les enjeux d’un renforcement du label AB
La proposition de réviser le label AB survient dans un contexte où la confiance des consommateurs dans les labels de qualité est primordiale. Jean-Louis Joseph, membre du CESE et rapporteur du projet, souligne cette tendance : « Les consommateurs s’interrogent sur la qualité de l’alimentation et sont demandeurs d’un renforcement de la qualité sanitaire et d’une meilleure traçabilité des produits ». Le label AB actuel, bien qu’il garantisse l’absence de pesticides de synthèse et d’OGM, ne prend pas toujours en compte la dimension locale de la production ni les conditions de travail et de rémunération des agriculteurs. Or, ces aspects sont de plus en plus valorisés par une partie croissante de la population. Un label AB renforcé pourrait ainsi offrir une garantie plus complète, allant au-delà de la simple certification biologique pour englober une approche plus holistique de la durabilité. Cette démarche s’inscrit dans une volonté globale de promouvoir une agriculture plus respectueuse de l’environnement, des territoires et des hommes qui la font vivre. Le renforcement du label AB est donc une réponse directe aux attentes sociétales et aux défis contemporains de l’agroalimentaire.
Le marché mondial de l’agriculture biologique connaît une croissance soutenue, mais il est également confronté à des pressions considérables. L’augmentation des coûts de production, qu’il s’agisse de l’eau, de l’énergie ou des intrants (même s’ils sont biologiques), met une pression constante sur les marges des agriculteurs. Le stress hydrique, conséquence directe du changement climatique, rend la production plus incertaine et coûteuse, obligeant parfois à des investissements supplémentaires dans des systèmes d’irrigation plus performants ou des cultures plus résistantes. Ces défis agronomiques se traduisent inévitablement par une renchérissement des produits. Parallèlement, la concurrence internationale, avec des pays dont les normes peuvent être moins contraignantes ou les coûts de main-d’œuvre plus bas, exerce une pression sur les prix. Dans ce contexte, un label AB renforcé, qui mettrait l’accent sur la localité et l’équité, pourrait aider à justifier des prix plus élevés en valorisant des coûts de production locaux et des pratiques éthiques, tout en assurant une traçabilité irréprochable. C’est une manière de soutenir une production plus résiliente et solidaire, face aux aléas climatiques et économiques. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a d’ailleurs maintes fois souligné l’importance de soutenir les petites exploitations et de promouvoir des systèmes alimentaires durables pour faire face à ces enjeux globaux.
Le prix des produits certifiés AB : entre coûts et valeur ajoutée
La question du prix des produits portant le label AB est souvent source de débat. Il est essentiel de comprendre la dynamique entre le coût de production et le prix de vente. Pour un agriculteur engagé dans une démarche biologique, les coûts sont généralement plus élevés que pour une agriculture conventionnelle. L’absence de pesticides et d’engrais de synthèse implique une gestion des cultures plus complexe, nécessitant davantage de main-d’œuvre pour le désherbage manuel ou mécanique, par exemple. Les rendements peuvent également être plus variables, influencés par les conditions météorologiques et les attaques de ravageurs ou de maladies, pour lesquels les solutions chimiques sont proscrites. L’utilisation d’intrants biologiques, bien que bénéfique pour l’environnement, peut aussi représenter un coût non négligeable. De plus, les processus de certification eux-mêmes engendrent des frais administratifs et des contrôles réguliers.
Lorsque le label AB évolue pour inclure des critères de production locale et d’équité, ces coûts tendent à s’accroître. L’ancrage territorial implique souvent des circuits de distribution plus courts, mais dont la logistique peut être moins optimisée que celle des grands réseaux. La rémunération juste des producteurs, un des piliers de l’équité, se traduit par un prix d’achat plus élevé pour les transformateurs et les distributeurs, qui se répercute sur le consommateur final. Il est important de noter que le prix affiché en magasin n’est pas uniquement le coût de production de l’agriculteur. Il inclut également les marges des transformateurs, des distributeurs, les coûts de transport, de marketing, et les taxes. Ainsi, la différence de prix entre un produit conventionnel et un produit label AB, surtout s’il est également local et équitable, s’explique par une combinaison de facteurs économiques et éthiques. Les consommateurs qui choisissent ces produits font le choix de soutenir un modèle agricole plus durable, qui prend en compte les dimensions environnementales, sociales et économiques.
Le label AB : une réponse aux aspirations des consommateurs
Au-delà des aspects techniques et économiques, le label AB renforcé répond à une aspiration profonde des consommateurs : celle de manger mieux et de manière plus responsable. Dans un monde où l’information circule rapidement, les citoyens sont de plus en plus conscients des enjeux liés à leur alimentation, qu’il s’agisse de leur santé, de l’environnement ou de l’impact sur les communautés agricoles. La demande pour des produits locaux et de saison est en forte hausse, signe d’une volonté de se reconnecter avec son territoire et de réduire l’empreinte carbone de sa consommation. L’équité, quant à elle, renvoie à une préoccupation éthique : celle de garantir des conditions de travail décentes et une juste rémunération pour ceux qui produisent notre nourriture. Un label AB qui intégrerait ces dimensions offrirait une lisibilité accrue et une garantie plus complète aux consommateurs désireux de faire des choix éclairés et alignés avec leurs valeurs. HortiTecNews suit de près ces évolutions qui façonnent l’avenir de l’agriculture et de l’alimentation.
Les alternatives pour les producteurs
Face aux évolutions potentielles du label AB et aux défis du marché, les producteurs disposent de plusieurs stratégies pour valoriser leurs produits. Outre la certification AB traditionnelle, ils peuvent se tourner vers d’autres signes officiels de qualité comme le Label Rouge pour des produits aux caractéristiques gustatives supérieures, ou les Indications Géographiques Protégées (IGP) et Appellations d’Origine Protégée (AOP) qui lient le produit à un terroir spécifique. Le développement des circuits courts, comme la vente directe à la ferme, les marchés de producteurs ou les systèmes d’abonnement (type AMAP), permet également de mieux valoriser leur travail et de créer une relation de confiance avec les consommateurs. De plus, certains producteurs choisissent de mettre en avant leur démarche personnelle, en communiquant directement sur leurs pratiques, leurs engagements et l’histoire de leur ferme. Cette transparence renforce le lien avec le consommateur et peut justifier un positionnement prix plus élevé. En Tunisie par exemple, le Ministère de l’Agriculture travaille à soutenir les filières agricoles locales et à promouvoir les labels de qualité nationaux pour assurer la compétitivité des producteurs tunisiens.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix des produits label AB a-t-il tendance à augmenter ?
Le prix des produits label AB peut augmenter en raison de plusieurs facteurs. Les coûts de production en agriculture biologique sont généralement plus élevés : absence de pesticides de synthèse, rendements parfois plus faibles, main-d’œuvre plus importante, coût des intrants biologiques. De plus, si le label AB est renforcé avec des critères de production locale et d’équité, cela implique des coûts de transport potentiellement plus élevés et une rémunération plus juste pour les producteurs, ce qui se répercute sur le prix final. Les aléas climatiques et la hausse des coûts de l’énergie impactent également les prix.
Qu’est-ce que le label AB européen (Eurofeuille) ?
L’Eurofeuille est le symbole européen de l’agriculture biologique. Il garantit que les produits respectent les réglementations européennes en matière de production biologique, notamment l’interdiction des pesticides de synthèse et des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le label AB français était jusqu’à présent largement calqué sur ces normes européennes.
Quels sont les autres signes officiels de qualité en France ?
Outre le label AB, on trouve en France plusieurs autres signes officiels de qualité (SIQO) : l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) et l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) qui protègent l’origine et la qualité d’un produit lié à son terroir ; l’Indication Géographique Protégée (IGP) qui garantit une origine géographique et une qualité spécifique ; le Label Rouge qui certifie une qualité supérieure des denrées ; et la Spécialité Traditionnelle Garantie (STG) qui atteste d’une composition ou d’un mode de fabrication traditionnel.




