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agriculteurs espagnols : Un geste diplomatique qui déchaîne la colère.
La récente décoration d’Aziz Akhannouch, ministre marocain de l’Agriculture et de la Pêche Maritime, par la plus haute distinction du gouvernement espagnol, accordée lors du Salon International de l’Agriculture au Maroc à Meknès le 29 avril, a suscité une vive protestation au sein du secteur agricole espagnol. L’Union des Petits Agriculteurs et Éleveurs (UPA) a qualifié cet acte diplomatique d'”incompréhensible”, d’autant plus qu’il survient à un moment de crise profonde pour les agriculteurs espagnols, exacerbée par des politiques commerciales jugées défavorables, notamment celles concernant les accords avec le Maroc.
La colère des agriculteurs espagnols face à une décoration jugée déplacée
La Ministre espagnole de l’Agriculture, Isabel García Tejerina, en remettant cette distinction à Aziz Akhannouch, a voulu reconnaître les “performances exceptionnelles pour l’industrie alimentaire”. Cependant, pour l’UPA, ce geste est tout simplement inacceptable. “Nous ne pensons pas que l’Espagne aurait dû décorer Aziz Akhannouch, d’autant plus avec ce prix aussi important”, a martelé l’organisation, dénonçant une décision qui, selon elle, ne bénéficie qu’aux grands entrepreneurs, tant espagnols que marocains. La question fondamentale soulevée par l’UPA est claire : “Qu’est-ce que cette personne a fait de positif pour la société espagnole ?” La réponse semble évidente pour les producteurs, qui vivent au quotidien les conséquences de politiques qui, paradoxalement, semblent favoriser des acteurs extérieurs au détriment de leurs propres citoyens.
Cette polémique met en lumière la tension croissante entre les intérêts diplomatiques et les réalités économiques vécues par les agriculteurs espagnols. Les accords commerciaux bilatéraux, s’ils visent à renforcer les liens économiques, peuvent avoir des répercussions considérables sur les marchés locaux, particulièrement dans des secteurs aussi sensibles que l’agriculture. La concurrence accrue et les fluctuations des prix sont des défis constants pour les exploitants agricoles, qui luttent pour maintenir leur activité dans un environnement économique de plus en plus complexe. La perception d’un soutien accordé à des partenaires extérieurs, alors que le secteur national traverse des difficultés, ne fait qu’attiser le mécontentement. Les agriculteurs espagnols se sentent souvent délaissés par les décisions politiques, qui semblent privilégier des enjeux de plus grande envergure au détriment de leurs préoccupations immédiates.
Pression du marché international et crise des prix : le quotidien des agriculteurs espagnols
La déclaration de l’UPA n’est pas tombée du ciel. Elle fait écho à une mobilisation concrète sur le terrain. La semaine précédant la décoration, l’UPA s’est manifestée à Almería, distribuant des milliers de kilos de tomates et d’aubergines. Ces produits, parmi les plus affectés par la “chute” des prix, sont vendus en dessous des coûts de production. Ce phénomène est directement lié à ce que les agriculteurs espagnols décrivent comme une “inondation” du marché européen par les produits marocains. Cette situation soulève des questions fondamentales sur les règles du jeu dans le commerce agricole international et sur l’application des normes sanitaires et environnementales.
La pression exercée par les importations, notamment en provenance de pays où les coûts de production peuvent être inférieurs (main-d’œuvre, réglementations environnementales moins contraignantes, subventions), crée un désavantage compétitif significatif pour les agriculteurs espagnols. Ils doivent non seulement composer avec la volatilité des marchés mondiaux, mais aussi avec des coûts de production souvent plus élevés. Les intrants agricoles, tels que les engrais, l’eau, l’énergie et la main-d’œuvre qualifiée, représentent des postes de dépenses considérables qui pèsent sur la rentabilité. Face à une concurrence étrangère qui peut proposer des prix plus bas, il devient de plus en plus difficile pour les producteurs espagnols de couvrir leurs frais, sans parler de réaliser un bénéfice leur permettant de réinvestir et d’assurer la pérennité de leurs exploitations. C’est dans ce contexte tendu que le geste diplomatique a pris une dimension encore plus symbolique et irritante pour de nombreux acteurs du monde agricole.
Cette situation s’inscrit dans un contexte global de défis pour l’agriculture. L’accès à l’eau, un enjeu crucial dans de nombreuses régions d’Espagne, est de plus en plus limité par le changement climatique et la concurrence d’autres secteurs. Les coûts de l’énergie, essentiels pour le fonctionnement des serres, l’irrigation et le transport, sont également sujets à des fluctuations importantes. L’ensemble de ces facteurs contribue à une fragilisation accrue des exploitations agricoles, rendant les agriculteurs espagnols particulièrement sensibles aux politiques commerciales et aux accords internationaux. L’idée que des distinctions soient accordées dans ce climat de précarité peut sembler, au mieux, maladroite, et au pire, une profonde insensibilité aux difficultés vécues par une partie essentielle de l’économie et de la société espagnole.
Il est important de comprendre la dynamique complexe entre les prix de revient et les prix de vente dans le secteur agricole. Les agriculteurs espagnols font face à une double contrainte : d’une part, des coûts de production qui ne cessent d’augmenter, incluant les semences, les engrais, la protection des cultures, la main-d’œuvre, l’eau et l’énergie. D’autre part, les prix auxquels ils parviennent à vendre leurs produits sur les marchés, qu’ils soient nationaux ou internationaux, sont soumis à une pression constante à la baisse. Cette pression est alimentée par la surabondance de l’offre, en partie due aux importations, et par le pouvoir de négociation des grandes chaînes de distribution et des intermédiaires. L’UPA a souligné que la chute des prix de la tomate et de l’aubergine les situe “au-dessous des coûts de production”, signifiant que chaque fruit ou légume vendu représente une perte financière pour l’agriculteur. Cette situation insoutenable met en péril l’existence même de nombreuses exploitations agricoles, et soulève la question de la viabilité économique du secteur à long terme. L’absence de marges bénéficiaires suffisantes empêche les agriculteurs d’investir dans des pratiques plus durables, dans de nouvelles technologies, ou simplement de maintenir leur activité. La chaîne de valeur agricole est ainsi mise à mal, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour l’emploi rural et l’approvisionnement alimentaire.
Pour mieux comprendre les enjeux, il est utile de se référer aux travaux d’organisations internationales comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui œuvrent à la promotion d’une agriculture durable et à la sécurité alimentaire mondiale. Ces organisations étudient les dynamiques de marché, les politiques agricoles et leurs impacts sur les producteurs, et proposent des pistes de solutions pour un secteur plus résilient et équitable. Les accords commerciaux, lorsqu’ils sont mal conçus ou insuffisamment encadrés, peuvent aggraver les déséquilibres existants, comme le dénoncent les agriculteurs espagnols.
Les alternatives pour les producteurs
Face à cette conjoncture difficile, de nombreux agriculteurs espagnols cherchent des voies alternatives pour améliorer leur situation. La diversification des cultures, l’orientation vers des marchés de niche (agriculture biologique, produits à dénomination d’origine protégée), le développement de circuits courts (vente directe aux consommateurs, marchés de producteurs), ou encore l’adoption de nouvelles technologies pour optimiser les rendements et réduire les coûts sont autant de pistes explorées. L’innovation et la coopération entre agriculteurs, par le biais de coopératives ou d’associations comme celles soutenues par HortiTecNews, sont également des leviers essentiels pour renforcer le pouvoir de négociation et mutualiser les ressources. Le soutien des pouvoirs publics, à travers des politiques agricoles adaptées, des aides ciblées et une régulation plus juste des marchés, demeure cependant un facteur déterminant pour l’avenir du secteur.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix des fruits et légumes des agriculteurs espagnols est-il si bas ?
Les prix bas sont principalement dus à une surabondance de l’offre sur le marché européen, en partie causée par les importations de pays où les coûts de production sont souvent inférieurs. Cette concurrence accrue, combinée à une forte pression à la baisse des prix par les distributeurs, rend difficile pour les agriculteurs espagnols de couvrir leurs coûts de production.
Qu’est-ce qui différencie les conditions de production entre l’Espagne et le Maroc, par exemple ?
Les différences peuvent inclure les coûts de la main-d’œuvre, les réglementations environnementales moins strictes, l’accès à l’eau (qui peut être moins cher ou moins réglementé), et les politiques de subventions agricoles. Ces facteurs peuvent donner un avantage compétitif aux producteurs de certains pays, rendant la concurrence plus rude pour les agriculteurs espagnols.
Comment les agriculteurs espagnols tentent-ils de surmonter cette crise ?
Ils cherchent à diversifier leurs cultures, à se tourner vers l’agriculture biologique ou les produits de qualité supérieure, à développer les circuits courts pour vendre directement aux consommateurs, et à innover technologiquement pour optimiser leurs exploitations. La coopération via des organisations professionnelles est également une stratégie clé.
Quel est le rôle des accords commerciaux dans cette situation ?
Les accords commerciaux peuvent être bénéfiques, mais s’ils ne sont pas équilibrés ou s’ils conduisent à une arrivée massive de produits à bas prix sans garanties sanitaires ou environnementales adéquates, ils peuvent déstabiliser les marchés locaux et nuire aux agriculteurs espagnols qui respectent des normes plus strictes.
Que signifie vendre “en dessous des coûts de production” ?
Cela signifie que le prix auquel l’agriculteur vend son produit est inférieur à la somme de toutes les dépenses engagées pour le produire (semences, engrais, eau, énergie, main-d’œuvre, etc.). Chaque vente occasionne donc une perte financière directe pour l’agriculteur.




