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Production agrumes : La Tunisie, terre d’excellence pour les agrumes, se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins, confrontée à des défis majeurs qui menacent la pérennité de son secteur agrumicole. La rareté criante des ressources en eau, l’état de vétusté des réseaux d’irrigation et l’augmentation du taux de salinité de l’eau disponible constituent une triple menace pour les producteurs de la région de Nabeul, bastion historique de la culture des agrumes dans le pays. Ces constats, dressés par Bechir Ounallah, président de l’Union Locale de l’Agriculture et de la Pêche à Beni Khaled, soulignent l’urgence d’une action concertée pour sauvegarder une filière vitale pour l’économie tunisienne.
Les défis structurels de la Production agrumes en Tunisie
Au-delà des problématiques hydrauliques, d’autres facteurs viennent aggraver la situation. Le vieillissement prématuré des vergers, qui affecte la productivité et la qualité des fruits, ainsi qu’une balance défavorable entre les coûts de production croissants et la stagnation, voire la baisse, des prix de vente, pèsent lourdement sur la rentabilité des exploitations. Cette conjoncture difficile rend l’activité moins attractive et pose des questions quant à son avenir à long terme. Bechir Ounallah a d’ailleurs lancé un appel solennel à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur – producteurs, distributeurs, pouvoirs publics – pour qu’ils s’impliquent activement dans la recherche et la mise en œuvre de solutions durables à ces maux qui rongent la production agrumes.
Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Saad Seddik, a également mis en lumière une autre menace insidieuse : l’extension urbaine. L’empiètement des zones résidentielles et industrielles sur les terres agricoles fertiles réduit inexorablement les surfaces dédiées à la culture des agrumes, une pression foncière qui s’ajoute aux difficultés déjà existantes. Face à ces défis, des efforts sont déployés pour diversifier les marchés d’exportation. La prospection de nouveaux débouchés, notamment en Russie et dans les pays du Golfe, vise à réduire la dépendance des marchés traditionnels et à valoriser davantage la production agrumes tunisienne à l’international. Il est important de noter que la Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne également l’importance de la gestion durable des ressources hydriques pour l’agriculture mondiale, un enjeu crucial pour la Tunisie.
Malgré ces obstacles, la saison 2014/2015 annonçait une hausse prometteuse de la production nationale d’agrumes, projetée aux alentours de 440 000 tonnes, contre 355 000 tonnes lors de la saison précédente, soit une augmentation substantielle de 12%. Ces chiffres, communiqués par le Groupement Interprofessionnel des Fruits (GIF), témoignent du potentiel encore existant de la filière. Sur la dernière décennie, la Tunisie a maintenu une moyenne d’exportation annuelle d’environ 25 000 tonnes d’agrumes, une performance qui pourrait être renforcée par une stratégie adaptée aux contraintes actuelles. Le HortiTecNews suit de près ces développements et leur impact sur la production agrumes.
Les Pressions du Marché Mondial et les Spécificités Agronomiques
Le contexte mondial de la production agrumes est de plus en plus concurrentiel. Les producteurs tunisiens doivent composer avec la montée en puissance d’autres pays producteurs et les fluctuations des cours sur les marchés internationaux. L’élévation du taux de salinité, combinée à une eau raréfiée, a des conséquences directes sur la physiologie des arbres agrumes. Les plants souffrent de stress hydrique chronique, ce qui affecte leur croissance, leur floraison et la qualité gustative et la taille des fruits. De plus, les sols soumis à une salinité accrue nécessitent des techniques de gestion spécifiques et souvent coûteuses, telles que le drainage et l’apport d’amendements, pour maintenir une productivité acceptable.
Les coûts de production, quant à eux, sont soumis à une pression constante. L’augmentation des prix des intrants agricoles, tels que les engrais, les produits phytosanitaires et l’énergie nécessaire au pompage de l’eau, érode les marges des agriculteurs. Cette hausse des charges se heurte souvent à une incapacité du marché à absorber des prix de vente plus élevés, créant un cercle vicieux qui met en péril la viabilité économique des exploitations. La nécessité de moderniser les réseaux d’irrigation et d’adopter des techniques d’arrosage plus efficientes, comme le goutte-à-goutte, devient donc une priorité absolue pour optimiser l’utilisation de chaque goutte d’eau et réduire les coûts.
La Dynamique “Coût de Production vs Prix de Vente”
La relation entre le coût de production et le prix de vente est au cœur des difficultés actuelles de la production agrumes tunisienne. Les agriculteurs sont confrontés à une hausse inexorable de leurs dépenses. Les investissements nécessaires pour maintenir des vergers productifs, l’achat des intrants, les coûts de la main-d’œuvre, et les dépenses énergétiques pour l’irrigation représentent des montants significatifs. Parallèlement, les prix auxquels ils parviennent à vendre leurs fruits, que ce soit sur le marché intérieur ou à l’export, peinent à refléter ces augmentations. Cette marge de manœuvre financière qui se réduit comme peau de chagrin oblige les producteurs à faire des choix difficiles, parfois au détriment de la qualité ou de l’entretien de leurs arbres.
Cette situation économique précaire pousse certains à envisager d’autres cultures plus rentables ou moins exigeantes en eau, ou pire, à abandonner purement et simplement leurs terres. La diversification des marchés d’exportation, mentionnée précédemment, est une stratégie essentielle pour améliorer la position de négociation des producteurs et obtenir de meilleurs prix. L’exploration de marchés à plus forte valeur ajoutée ou de circuits de distribution plus courts, qui éliminent certains intermédiaires, pourrait également contribuer à améliorer la rentabilité. L’action du Ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche est primordiale pour accompagner ces efforts et mettre en place des mécanismes de soutien adaptés.
Les alternatives pour les producteurs
Face à ces enjeux, plusieurs pistes sont explorées pour assurer l’avenir de la production agrumes. La recherche et le développement jouent un rôle crucial dans l’identification de variétés d’agrumes plus résistantes à la sécheresse et à la salinité, ainsi que dans l’optimisation des techniques culturales. L’agro-écologie et les pratiques agricoles durables gagnent du terrain, offrant des perspectives pour réduire l’impact environnemental tout en améliorant la résilience des exploitations. La modernisation des infrastructures d’irrigation, avec le recours à des systèmes intelligents et économes en eau, est une étape indispensable.
Le soutien aux initiatives de valorisation des produits dérivés des agrumes (jus, huiles essentielles, produits cosmétiques) pourrait également permettre de diversifier les sources de revenus pour les producteurs et de mieux valoriser l’ensemble de la récolte. Enfin, une meilleure organisation interprofessionnelle et une communication transparente entre tous les acteurs de la filière sont essentielles pour relever ces défis de manière collective et efficace.
FAQ sur la crise actuelle
Pourquoi le prix de la production agrumes augmente-t-il ?
Le prix de la production agrumes augmente en raison de la hausse généralisée des coûts de production. Cela inclut le coût de l’eau (rareté et infrastructures), des engrais, des produits phytosanitaires, de l’énergie et de la main-d’œuvre. Ces augmentations de charges, conjuguées à une offre parfois limitée par les conditions climatiques, exercent une pression à la hausse sur les prix.
Quels sont les principaux défis pour les producteurs d’agrumes en Tunisie ?
Les principaux défis incluent la rareté et la salinité de l’eau, la vétusté des réseaux d’irrigation, le vieillissement des vergers, la hausse des coûts de production, la pression foncière due à l’urbanisation, et une concurrence accrue sur les marchés internationaux.
Comment la Tunisie cherche-t-elle à diversifier ses marchés d’exportation d’agrumes ?
La Tunisie mène des prospections actives pour identifier et développer de nouveaux marchés d’exportation, notamment en Russie et dans les pays du Golfe, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de ses marchés traditionnels et d’améliorer la valorisation de sa production.
Quel rôle joue la technologie dans l’amélioration de la production agrumes ?
Les technologies jouent un rôle crucial, notamment dans l’optimisation de l’irrigation (systèmes goutte-à-goutte, irrigation intelligente), la gestion des sols, le suivi des cultures grâce à des capteurs et des drones, et la sélection de variétés plus résistantes aux aléas climatiques et aux maladies.




