Quelle avancée pour la filière du bio au Maroc ?

Au Maroc, la filière du bio se développe et trouve progressivement des débouchés. Le point avec Abdelhamid Aboulkassim, Président de la Fimabio (Fédération Interprofessionnelle Marocaine de la Filière Biologique).

Quelle est la superficie actuelle des terres cultivées en agriculture biologique au Maroc ?

Nous avons chargé un bureau d’études de faire un état des lieux de l’existant. Jusque-là, nous nous basions sur une estimation, qui était de 9 000 hectares. Aujourd’hui, l’état des lieux nous permet de dire que l’agriculture biologique cultivée s’étend sur 11 000 hectares. Mais il faut bien sûr ajouter l’argan, qui couvre plus de 100 000 hectares, et les nappes de plantes aromatiques, sur 20 000 hectares.

Car c’est une agriculture biologique de fait, mais non certifiée ? 

Exactement.

Quelle est la tendance ?

Nous avons remarqué un net développement du bio en 2017 et, surtout, en 2018. Mais le secteur souffre encore du problème de la création d’un cercle vertueux d’offre et de demande. Il existe un potentiel énorme de consommateurs et il y a de nombreux producteurs. La question que nous essayons de résoudre c’est de savoir comment arriver à les faire se rencontrer. Beaucoup d’opérateurs se sont convertis à l’agriculture bio, mais n’ont pas trouvé de marché, sauf ceux qui se sont concentrés immédiatement sur l’export.

Comment y remédier ?

Pendant le dernier Salon international de l’agriculture du Maroc (SIAM), nous avons signé une convention avec la chaîne de supermarchés Marjane, pour distribuer des produits bio dans leurs rayons. Je leur ai dit que, autour de chaque ville qui possède un supermarché, nous pouvons créer 3, 4 ou 5 fermes. Comme Marjane dispose d’une flotte de camions, l’entreprise peut livrer directement au magasin, les agriculteurs biologiques profiteraient ainsi de leur logistique.

Nous voulons également travailler sur les circuits courts. Nous sommes en train de mettre en place des fermes-pilotes avec la coopération suisse dans chaque région. Ce sont des sortes de démonstrations pour les agriculteurs et les consommateurs.

Les magasins de produits biologiques ne sont-ils pas, aussi, une solution ?

Il existe pas mal de magasins qui proposent du bio, mais ils ne font pas que cela pour des questions de rentabilité. Ils ont un peu de produits du terroir, des produits spéciaux, etc.

Quelle est la principale raison pour laquelle les consommateurs marocains achètent du bio ?

C’est surtout lié à la santé. Les gens savent qu’ils consomment beaucoup de pesticides. Le bio est actuellement un peu cher, mais son prix sera correct dès qu’il sera développé dans le pays. D’ici deux ou trois ans, sa consommation sera démocratisée.

Quel est le profil du consommateur de bio ?

Ils sont de deux types. Il y a les gens conscients des enjeux, qui sont plutôt des cadres de la classe moyenne et supérieure. Et il y a les personnes aux revenus modestes, qui parfois n’ont pas le choix car ils constatent l’impact direct sur leur santé quand ils consomment des produits de l’agriculture conventionnelle.

D’ailleurs, quelle est la définition de l’agriculture biologique ?

Lorsque, dans le cadre de notre fédération, nous évoquons la question avec des petits et moyens agriculteurs pour les sensibiliser, nous leur donnons une définition étroite : c’est le fait de ne pas utiliser des produits chimiques. Beaucoup nous répondent : « Alors moi, je suis bio ! » Nous leur répondons à notre tour : « Oui, alors vous devez vous faire certifier ! ».

L’agriculture biologique permet de préserver la terre, qui est aujourd’hui bourrée de fertilisants chimiques. Elle permet aussi de protéger la faune, car les pesticides tuent à la fois les mauvais et les bons insectes. En clair, elle permet de préserver l’environnement et d’assurer une agriculture durable.

Selon vous, est-ce que la Loi 39-12 consacrée à l’agriculture biologique est efficace ? 

Votée en 2013, elle a pris effet en septembre 2018 avec la publication du dernier décret d’application. Elle ne présente pas de lacunes majeures. Nous sommes le deuxième pays africain, après la Tunisie, à être doté d’une telle loi.

Désormais, il faut faire en sorte qu’elle soit reconnue en Europe pour faciliter les exportations. Aujourd’hui, comme ce n’est pas encore le cas, nous devons adopter le référentiel européen pour exporter. Il y a tout un travail à réaliser, qui prendra d’un an à un an et demi, et qui n’a toujours pas été lancé.

Quelle est la part d’export dans la production biologique marocaine ?

Je ne peux pas vous dire exactement. L’étude que j’ai évoquée va en parler, mais elle n’est pas tout à fait terminée. Le marché est là et il offre un grand potentiel. Mais il y a quelques obstacles. Par exemple, la semence utilisée par l’agriculteur doit être bio, ce qui n’existe pas encore au Maroc. Le revendeur doit alors passer par l’ONSSA, ce qui prend énormément de temps.

Quelles sont les priorités de votre jeune fédération, créée il y a trois ans ?

Nous allons défendre les intérêts des producteurs, accroitre la superficie et encourager l’export. Si l’on résout le problème du marché marocain, cela entraînera un développement du bio.

Pour la demande à l’export, qui est forte, les agriculteurs doivent être accompagnés pour la certification. Il y aura bientôt d’ailleurs une prise en charge à 70 % du montant de la certification. C’est positif, car le prix est un frein psychologique. Pour les coopératives, la prise en charge monte à 90 %

Source : cfcim.org

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