Oliviers: L’INRA planche sur une souche plus résistante

Les quelque 600 variétés d’oliviers sont parfaitement alignées. Des petits panneaux indiquent leur provenance. Italie, France, Tunisie, Grèce, Liban, Syrie, Egypte… Au total, 15 pays sont représentés par cet arbre emblématique de la Méditerranée. Cette conservation des ressources génétiques pour le futur représente la plus importante collection mondiale de l’olivier.

Déployée à Tessaout, à une heure de route de Marrakech, sur le domaine expérimental de l’INRA (Institut national de la Recherche agronomique), elle couvre la rive sud, alors que celle de Cordoue en Espagne représente la rive nord, et une troisième pour l’est, récemment lancée à Izmir en Turquie et approvisionnée par le Maroc. Ici, les scientifiques mènent leurs recherches sur le comportement des variétés en fonction, notamment des changements climatiques.

Si la tolérance au stress hydrique a toujours été analysée, mesurer les conséquences d’un climat changeant est nouveau pour les équipes. «Caractériser la courbe des températures est un travail qui se fait sur la durée», déclare le coordinateur pour la recherche sur l’olivier à l’INRA, Lhassane Sikaoui. «Nous avons besoin de ressources, et tout particulièrement de ressources humaines.

Nous sommes moins de 200 chercheurs au sein de l’Institut agronomique, pour tout le Maroc, qui est pourtant un pays agricole par excellence. Sans compter une grosse perte de temps dans nos journées pour l’administratif», avoue-t-il. Pourtant, face à des températures hivernales en hausse, entraînant des conséquences négatives sur le succès de floraison et l’apparition d’insectes, il faut trouver des variétés adaptées.

Les croisements entre les variétés marocaines et étrangères permettent ainsi de sélectionner les meilleurs profils. «Avec 1.600 graines, soit 1.600 candidats, nous avons l’embarras du choix,» s’amuse Sikaoui. La recherche s’attaque aussi aux ennemis de l’olivier, qui incarnent de nouvelles menaces.

Le coléoptère xylomedes coronata, encore inconnu dans les années 90, sévit aujourd’hui et provoque des cassures au niveau des rameaux, ou le coléoptère hylesinus oleiperda friand des variétés italiennes. Pour arroser tout ce petit monde, l’utilisation de l’eau se fait bien sûr rationnelle à partir du barrage Moulay Youssef et des eaux souterraines.

«Le goutte-à-goutte ne permet pas uniquement d’économiser l’eau, mais aussi d’optimiser la qualité des productions, la plante étant arrosée au bon moment et en bonne quantité», explique le responsable du Centre régional de Marrakech de l’INRA, Abdeljabar Bahri.

En effet, approche scientifique oblige, tout se fait suivant les coefficients culturaux de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, FAO. Que ce soit pendant le repos végétatif, le développement des grappes florales ou la maturité du fruit, les besoins en eau varient suivant les étapes. Parler irrigation et durabilité, c’est aussi viser la réduction des coûts d’énergie électrique, de butane et gasoil.

A chaque pays sa parcelle. Inutile d’être oléiculteur pour voir à l’œil nu les différences de taille et de forme des arbres, et les différences entre les fruits, qui varient de 0,5 à 16 grammes d’une variété à l’autre. Le «dolce d’almoroco» italien ne ressemble pas au «chetoui» tunisien, et la «picholine» marocaine se distingue du «cornesvelo degeon» espagnol.

Des variantes également dans les saveurs des huiles, qui passent toutes entre les griffes du panel régional de dégustation, partenaire de jurys internationaux. Enfin, depuis 2014 et jusqu’en 2018, le casier oléicole national se constitue. Une carte essentielle, force de négociation, vis-à-vis des normes internationales et une banque de données sur les caractéristiques chimiques et organoleptiques des huiles d’olive, produites dans tous les bassins oléicoles du territoire.

D’autres collections

En plus de cette collection d’oliviers, le Centre régional de Marrakech de l’INRA développe aussi une collection de palmiers dattiers à Saada, à 7 kilomètres de la ville ocre. Manque de chaleur ou pluie précoce d’automne sont autant de conditions de dépréciation de la qualité de la datte. Alors le lieu sert à toutes les mesures comme celles des exigences en eau et en fertilisants. Rappelons que 40.000 tonnes de fruits, toujours plus consommés au Maroc, sont importées chaque année. Nous avons pourtant une palmeraie dans le sud mais qui se dégrade, et celle de Marrakech qui a été replantée pour l’ornement, et non dans une logique de production.

Source : leconomiste.com

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