Laila Khouimi, directrice de la pépinière Sapiama, un succès qui honore la femme marocaine

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Laila Khouimi est une ingénieur agronome qui a obtenu son diplôme en 1996 option horticulture. Elle a commencé sa carrière par une expérience sur l’arganier qui a duré environ 6 mois en collaboration avec la GTZ (agence allemande de coopération technique) pour la mise au point des machines pour l’extraction de l’huile d’argan. Ensuite elle a travaillé en tant que gérante de l’agence VITA. En 1999, elle a rejoint le groupe Kabbage pour créer une pépinière d’agrumes afin de répondre aux besoins d’extension et de renouvellement des vergers du groupe.

HTN : Pourquoi avoir choisi l’agronomie ?

L. Khouimi : Pour moi, l’agronomie était un choix précoce. Je me rappelle à quel point j’étais attirée par les travaux pratiques au laboratoire, depuis le lycée. Faire des expérimentations sur des plantes  dans des tubes à essai a fait naître en moi une attraction pour le monde végétal. Et c’était là où tout a commencé.

HTN : Vous êtes manager d’une grande unité de production de plants et d’un verger d’agrumes, comment appréhendiez-vous votre mission, alors que votre formation de base ne vous a pas, vraiment, préparé pour ce genre de responsabilités ?

L. Khouimi : Moi je dis qu’il faut toujours y croire. Croire en ses compétences et en son travail.

Au-delà des bases théoriques, une formation d’ingénieur nous apprend  comment gérer les problèmes auxquels on peut faire face et à acquérir la démarche à suivre.  C’est cette approche qui, à mon avis, peut permettre à un ingénieur agronome de s’adapter dans plusieurs secteurs d’activités. En plus, bien sûr, de la formation diversifiée qu’on a eu (physiologie, nutrition,  biologie végétale et animale, phytopathologie, amélioration génétique, irrigation et bien d’autres….) 

Quand on a la base nécessaire et qu’on se retrouve face à un problème ou une situation donnée, il suffit de se documenter et d’expérimenter pour assurer l’amélioration continue, afin de répondre aux besoins de nos clients. 

HTN : Mais vous avez suivi plusieurs formations pour vous perfectionner non ? 

Oui, effectivement, dans le cadre du groupe Kabbage, j’ai pu bénéficier d’une formation continue, j’ai pu assister à des congrès nationaux et internationaux, j’ai pu rencontrer des professionnels de haut niveau. Ce qui m’a permis de perfectionner mes connaissances.

HTN : Vous avez de quoi être fière, vous avez pu monter le projet de la pépinière Sapiama à partir de zéro et le réussir pour atteindre un excellent niveau, pouvez-vous nous racontez un peu sur le déroulement des événements et les moments difficiles ?

L.Khouimi : Il y avait un défit à relever, c’est vrai que le début n’était pas facile parce j’ai été recrutée pour créer cette pépinière. Il fallait tout mettre en place : le processus de production, les infrastructures, recruter le personnel nécessaire, l’encadrer et le gérer, certifier la pépinière, créer les fichiers de suivis de production et de gestion des stocks et imaginer tous les scénarios possibles des différentes phases de production. En plus, il fallait suivre de près toutes les étapes afin de pouvoir répondre dans l’immédiat à toute problématique qu’on a dû rencontrer. Par ailleurs, la traçabilité étant primordiale  dans une pépinière, ce volet implique une grande responsabilité de toute l’équipe.

En 2000, notre pépinière a été agréée par le ministère de tutelle pour la production de plants d’agrumes certifiés. Par la suite, en 2006, nous avons créé une annexe de la pépinière Sapiama  à Belkssiri pour répondre aux besoins des clients du Gharb. En 2008, nous avons créé un laboratoire de culture invitro au niveau de la pépinière pour l’assainissement et la certification des nouvelles variétés et pour la réalisation des tests virologiques des plants que nous produisons. En 2011, nous avons pu certifier notre système de management de la pépinière selon la norme  ISO 9001, afin de maîtriser tous les processus, organiser le système de production et capitaliser toutes les expériences avec une traçabilité parfaite. Tout en étant à l’écoute de nos clients et de notre personnel pour garantir leur satisfaction et assurer une amélioration continue du système.

HTN : Comment avez-vous pu vous imposer dans un monde plutôt masculin ?

L.Khouimi : Oui c’est vrai, la majorité de mes collaborateurs sont des hommes, mais à vrai dire je n’ai jamais senti le moindre problème à être la femme qui pilote une équipe majoritairement masculine. Je dirais même que j’apprécie de travailler avec les hommes, ceci d’ailleurs depuis mes études ; je trouve qu’ils sont plus pragmatiques.

Je vais vous racontez une anecdote : une fois, lors d’un entretien annuel avec un membre de mon équipe, il m’avait dit : « Madame, vous êtes comme notre mère à tous». Il s’avère effectivement que j’ai un aspect « Parent Nourricier » développé qui me permet d’être à l’écoute de mes collaborateurs, de repérer leurs points forts et de les aider à dépasser leurs difficultés.  A mon avis, ce qui compte c’est le respect mutuel et la qualité des relations humaines.

HTN : L’année passée était catastrophique pour les agrumes, cette année sera, au meilleur des cas, moyenne, ceci a-t-il influencé la demande sur les plants d’agrumes ?

L.Khouimi : Comme vous l’avez mentionné, l’année dernière était difficile pour le secteur agrumicole, mais la pépinière Sapiama à pu maintenir ses ventes, ceci grâce à la qualité de nos plants et le niveau de satisfaction de nos clients. Pour cette année je pense que c’est un peu tôt pour se prononcer, mais c’est vrai que les clients hésitent toujours en attendant de voir la situation du marché et ses tendances. Ce qui peut être soulevé en terme général c’est qu’il y a une tendance vers les oranges.

HTN : Comment avez-vous su équilibrer entre votre vie professionnelle et familiale, vu l’importance des responsabilités et l’éloignement géographique du lieu de travail (80km d’Agadir) ?

L.Khouimi : Certes, ce n’est pas un exercice facile, on passe tous par des moments de doute, mais il faut savoir croire en soi. J’ai toujours considéré la pépinière Sapiama comme une de mes filles, c’est ça l’intérêt quand on aime le métier qu’on fait.

Je considère que j’ai pu réussir à équilibrer entre les deux parce que j’ai pratiqué la théorie des deux paniers. Quand je m’apprête à sortir du travail, je prends un panier, je mets tous les problèmes professionnels dedans et je le laisse dans mon bureau, jusqu’au lendemain. Quand je rentre chez moi, je prends le « panier  foyer » et ainsi de suite. Il faut vraiment avoir cette capacité de jongler entre ces deux volets. Il y a cinq domaines de vie : personnel, couple, familial, professionnel et social, il faut savoir prendre soin de chacun de ces domaines de vie pour réussir un vrai équilibre.

J’avais également lu, sur une étude faite en France, que les femmes qui travaillent ont, généralement, des enfants qui sont plus mûrs, plus indépendants  et qui ont le sens des responsabilités. Personnellement, j’ai appris à mes filles très tôt à être responsables et indépendantes vu la nature de mon travail et je crois que ça a marché.

J’invite toutes les mamans à pousser leurs enfants à être indépendants et à ne pas vivre à leurs places, nous sommes là seulement pour les guider.

HTN : En plus de votre travail en tant que directrice de la pépinière  SAPIAMA, menez-vous des activités dans le cadre associatif ?

L.Khouimi : Je suis membre de la Fondation Abbès Kabbage pour les œuvres sociales, nous travaillons avec les enfants de la rue et dans le préscolaire dans le monde rural, en plus d’autres activités sociales. Je considère que nous avons tous un rôle à jouer dans la société pour aider nos concitoyens.

HTN : Le chef du gouvernement, A. Benkirane, a insinué que la place de la femme est son foyer, qu’aimeriez-vous lui répondre ?

L.Khouimi : Ce que je peux dire c’est que M. Benkirane veut anéantir un domaine de vie sur cinq pour la moitié de la société. Quelle aberration !! Au delà du côté matériel, il y a un accomplissement personnel quand nous exerçons un métier, nous nous fixons des objectifs, nous sommes fiers de les atteindre. Et nous continuons ainsi, c’est l’hélice de l’excellence !! En plus nous donnons un bon exemple pour nos enfants et pour les générations futures, afin de construire un Maroc meilleur grâce à ses femmes et ses hommes.

 

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