Algérie : Entre la sous-fertilisation et le recours excessif aux pesticides

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Modéré pour certains, immodéré pour d’autres. L’utilisation des pesticides, des produits phytosanitaires et des engrais dans l’agriculture en Algérie reste difficile à évaluer, mais suscite également beaucoup d’inquiétudes.

«L’intensif a fini par dégrader l’agriculture algérienne», note à ce sujet l’expert Smaïl Houamed, qui précisera que l’utilisation des agents chimiques se fait sans contrôle dans les exploitations agricoles. En effet, l’application des pesticides à travers ses différentes formes se généralise de plus en plus dans le but de lutter contre les insectes, les rongeurs, les champignons, les mauvaises herbes et les maladies qui ravagent les végétaux. Mais, pour l’heure, peu de données ont été rendues publiques sur ce chapitre en dehors de l’impact sur la santé. En revanche, pour les engrais, une étude de la FAO l’organisation des Nations unies pour l’alimentation) montre que l’évolution de la consommation d’engrais en Algérie n’est pas régulière. Elle a été, selon la même source, durant les 40 dernières années modifiée suite aux différentes politiques agricoles et aux différentes phases et étapes ayant marqué la restructuration du secteur agricole.

En résumé, l’utilisation des engrais a connu trois périodes distincts. D’abord, une période «post-indépendance», où les engrais étaient méconnus et très peu utilisés (1961-1970), période d’agriculture de subsistance. Est venue par la suite une période «d’utilisation très marquée» (1971-1986), période de développement de l’industrie chimique et de développement des hydrocarbures, coïncidant avec l’application de la Réforme agraire et la nationalisation des terres. Et enfin la phase actuelle de «restructuration du secteur agricole et de libéralisation du marché», marquée selon la FAO par l’abandon des engrais pour différentes raisons.

Des techniques dépassées

Si l’Algérie figure parmi les principaux pays producteurs d’engrais, sa consommation reste faible dans le secteur agricole par rapport aux pays voisins. La consommation de fertilisants qui ne dépasse pas les 10kg/hectare en Algérie contre 30kg/ha en Tunisie et 25kg/ha au Maroc, selon Moncef Bourkouk, directeur général de Timac Agro Algérie, filiale du groupe français Roullier qui commercialise les engrais destinés à la céréaliculture. Cet expert, qui est également vice-président de Filaha Innove, lie d’ailleurs la faiblesse des rendements agricoles à la sous-utilisation des fertilisants. «Nous sommes un pays sous-fertilisé contrairement à ce que l’on pense», résumera M. Bourkouk avant de regretter : «Pendant que les autres pays surproduisent  et exportent en utilisant les fertilisants, nous nous sous-produisons et nous importons une bonne partie de nos besoins.»

Pourquoi une telle situation ? M. Bourkouk, dont l’entreprise est le fournisseur de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), explique cette sous-fertilisation des terres agricoles par plusieurs facteurs. A commencer par l’itinéraire technique qui n’a pas changé depuis trois décennies. «On est en train d’utiliser des techniques et des préconisations qui sont dépassées, alors qu’au-delà de nos frontières les choses ont évolué avec la mutation du monde agricole. De nouvelles réglementations sur l’utilisation de l’azote et sur la préservation de la santé publique et de l’environnement ont été adoptés. Parallèlement, en Algérie, pour avoir un bon d’acquisition d’engrais et prétendre à la subvention de 20%, le subdivisionnaire des services agricoles au niveau local préconise un engrais standard à des quantités standard», explique-t-il.

Et d’ajouter : «Ce qui fait qu’on enregistre de faibles rendements, notamment dans les grandes cultures. Lorsque l’agriculture pseudo intensive a démarré en Algérie on préconisait le même itinéraire technique. Le plus important, selon M. Bourkouk, est d’arriver à optimiser ces techniques pour assurer les résultats escomptés en termes de rendements. C’est le cas pour  les céréales où sur une moyenne de 3 millions d’hectares emblavés annuellement, les récoltes ne dépassent pas les 40 millions de quintaux, soit moins de 15 quintaux/ha. En plus de l’itinéraire technique à désactiver, il y a lieu, selon notre interlocuteur, de revoir le mode de subvention des agriculteurs. Comment accorder les mêmes aides aux agriculteurs qui produisent 1 tonne à l’hectare et ceux qui enregistrent des rendements importants ?» s’interroge M. Bourkouk avant d’enchaîner : «Je paye celui qui hisse la production vers le haut. On ne peut pas payer les entrepreneurs comme les bricoleurs».

Au sujet de la qualité de la production, notre expert note que l’essentiel est de jouer sur la qualité des intrants. «Si tous les produits phytosanitaires, les engrais et les semences sont de qualité, les produits le seront également.» Or, dans le contexte actuel, ce n’est pas le cas pour l’Algérie qui négocie son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Difficile de le faire avec les conditions actuelles, mais aussi avec l’absence d’une stratégie dédiée à la traçabilité des produits, comme nous l’a souligné par ailleurs l’agronome Smaïl Houamed qui évoque un taux de traçabilité de seulement 10% en Algérie.
 

Source : elwatan.com

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